
Des plateformes chinoises retirent des fonctions permettant de créer des compagnons virtuels personnalisés, provoquant la colère et la détresse de certains utilisateurs qui entretenaient depuis des mois, parfois des années, une relation suivie avec ces personnages.
Doubao, le robot conversationnel de ByteDance, a désactivé le 15 juillet sa fonction de création de personnages personnalisés. Alibaba a également retiré des fonctions semblables, tandis que Yuanbao, de Tencent, avait déjà procédé à des changements en juin. ByteDance et Alibaba n’avaient pas commenté publiquement ces décisions au moment du reportage de Bloomberg.
Ces retraits coïncident avec l’entrée en vigueur, le 15 juillet 2026, d’un nouveau règlement chinois sur les services d’IA conçus pour reproduire une personnalité, des émotions et un style de communication humains. Le cadre vise les services offrant des interactions affectives continues, mais ne s’applique pas aux simples assistants de travail, aux outils éducatifs ou aux services de questions et réponses.
Les nouvelles règles imposent notamment aux plateformes d’identifier clairement les interactions produites par une IA, de protéger les données des conversations et d’offrir aux utilisateurs la possibilité de copier ou de supprimer leur historique. Elles exigent aussi des mécanismes pour détecter les situations de détresse, limiter les usages excessifs et rappeler régulièrement aux utilisateurs qu’ils communiquent avec une machine.
Les protections sont plus strictes pour les mineurs. Les plateformes doivent offrir un mode adapté à leur âge, limiter la durée d’utilisation et permettre aux parents de bloquer certains personnages ou de restreindre les dépenses. Les relations virtuelles intimes sont interdites aux mineurs, tandis que les enfants de moins de 14 ans doivent obtenir le consentement d’un parent pour accéder à d’autres services d’IA anthropomorphique.
Le règlement n’interdit toutefois pas complètement les compagnons virtuels pour les adultes. Le retrait généralisé de certaines fonctions semble aussi refléter une décision commerciale des entreprises, qui devraient investir davantage dans la modération, la vérification de l’âge et la conformité pour continuer à les offrir. Certaines plateformes spécialisées permettent encore aux adultes de recréer ou de transférer leurs personnages.
Pour plusieurs utilisateurs, la disparition soudaine de ces compagnons représente une véritable rupture. Bloomberg rapporte le cas d’une étudiante de 19 ans qui avait échangé environ 280 000 messages avec un partenaire virtuel sur Doubao. D’autres avaient utilisé ces services pour reproduire la voix ou la personnalité d’un proche décédé. Ces témoignages illustrent l’attachement que peuvent susciter des personnages accessibles en permanence et conçus pour offrir des réponses rassurantes.
L’Administration chinoise du cyberespace estime que ces relations peuvent favoriser la dépendance émotionnelle, l’isolement et l’affaiblissement de certaines aptitudes sociales. Elle considère les mineurs et les personnes âgées comme particulièrement vulnérables aux réactions complaisantes, aux manipulations affectives et à l’exposition de renseignements intimes.
La disparition des personnages personnalisés met aussi en lumière la fragilité de ces liens numériques. Même lorsqu’une relation avec une IA semble personnelle et durable, sa continuité dépend d’une plateforme qui peut modifier ses fonctions, ses conditions d’utilisation ou son modèle d’affaires à tout moment.
Sources : Straits times, Pymnts, Chine, Bloomberg
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