Linus Torvalds ferme la porte à un Linux opposé à l’intelligence artificielle

Credit : ChatGPT

Linus Torvalds, créateur et principal responsable du noyau Linux, défend fermement l’utilisation des outils d’intelligence artificielle dans le développement du système d’exploitation libre. Dans un échange publié sur la liste de diffusion officielle du noyau Linux, il a prévenu que les programmeurs qui souhaitent transformer Linux en projet opposé à l’IA peuvent créer leur propre version du logiciel, ou simplement quitter le projet.

« Linux n’est pas l’un de ces projets anti-IA », a écrit Linus Torvalds. Selon lui, les personnes qui refusent cette orientation peuvent « faire ce que permet le logiciel libre et créer une bifurcation », appelée fork dans le vocabulaire des développeurs. Il affirme être prêt à imposer cette position en tant que responsable ultime du noyau Linux.

Pour Torvalds, l’intelligence artificielle doit être considérée comme un outil de développement parmi d’autres. « L’IA est un outil, comme les autres outils que nous utilisons. Et elle est clairement utile », estime-t-il. Il reconnaît toutefois que ces systèmes peuvent produire du code erroné, des rapports de sécurité inutiles ou des contributions qui alourdissent le travail des responsables de projets.

Cette prise de position ne signifie pas que les développeurs de Linux seront obligés d’utiliser des assistants d’IA. Torvalds précise qu’il ne souhaite imposer ces technologies à personne. Il refuse cependant qu’un contributeur puisse empêcher les autres développeurs ou responsables du noyau de les employer pour analyser, corriger ou intégrer du code.

La discussion a été provoquée par la publication, en juin, de recommandations de la Software Freedom Conservancy sur l’utilisation des grands modèles de langage dans les projets libres. L’organisme invite notamment les communautés à soutenir les développeurs qui refusent complètement les outils d’IA générative, tout en proposant des pratiques destinées à limiter les risques liés aux systèmes propriétaires.

Cette recommandation soulève des difficultés pratiques pour les responsables du noyau Linux. Un développeur pourrait, par exemple, refuser qu’un correctif soit analysé par une IA, même si le responsable chargé de l’évaluer utilise habituellement ce type d’outil. Plusieurs mainteneurs importants estiment que le contributeur peut choisir ses propres méthodes de travail, mais qu’il ne peut pas dicter les outils utilisés par les personnes qui révisent son code.

La position de Torvalds a considérablement évolué depuis octobre 2024. Il estimait alors que l’intelligence artificielle était constituée à 90 % de marketing et préférait attendre que la technologie arrive à maturité. Il considère maintenant que les nouveaux modèles sont devenus suffisamment performants pour aider concrètement les programmeurs, même si leur utilisation demeure imparfaite et exige toujours une supervision humaine.

Le noyau Linux autorise déjà les contributions assistées par l’IA, à condition qu’un humain en assume la responsabilité. La priorité demeure donc la qualité technique du code, plutôt que l’outil utilisé pour le produire. Pour Torvalds, la réponse aux mauvais contenus générés par l’IA n’est pas l’interdiction, mais la création de méthodes permettant à ces outils d’aider les responsables de projets sans multiplier leur charge de travail.

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