L’IA provoque une nouvelle ruée vers l’App Store, mais les utilisateurs ne suivent pas encore

L’intelligence artificielle transforme l’App Store d’Apple en immense laboratoire d’expérimentation. Grâce au « vibecoding », des développeurs débutants peuvent maintenant créer une application mobile en décrivant simplement leur idée à des outils comme ChatGPT ou Claude. Cette démocratisation provoque une forte hausse du nombre de nouvelles applications, sans toutefois entraîner une progression comparable des téléchargements.

Selon les estimations de Sensor Tower rapportées par le New York Times, environ 600 000 nouvelles applications ont été publiées dans l’App Store en 2025, une hausse de 30 %. Durant les six premiers mois de 2026 seulement, leur nombre aurait presque doublé pour atteindre environ 560 000.

Cette accélération rappelle les premières années de l’App Store, lancé en 2008. À l’époque, les développeurs se précipitaient vers ce nouveau marché dans l’espoir de créer le prochain succès mondial. Le nombre annuel de nouvelles applications avait atteint un sommet d’environ 890 000 en 2016, avant de diminuer progressivement jusqu’à environ 420 000 en 2022.

Le vibecoding semble aujourd’hui relancer cette ruée vers l’or numérique. Le principe consiste à demander à une intelligence artificielle de générer le code d’une application à partir d’instructions formulées en langage courant. L’utilisateur décrit les fonctions recherchées, teste le résultat et demande ensuite à l’IA de corriger ou d’ajouter des éléments.

Marco Pérez, ingénieur logiciel à Chicago, n’avait jamais conçu d’application mobile avant de créer InfoDrizzle, un agrégateur de nouvelles. Il lui a fallu environ sept semaines pour développer et publier son projet. L’application a obtenu 1 300 téléchargements et généré environ 500 dollars américains de profit.

Son application suivante, Stampa, transforme des photos en timbres numériques destinés au scrapbooking. Réalisée en une semaine, elle a été téléchargée 20 000 fois et lui a rapporté environ 3 000 dollars. Pérez prévoit maintenant quitter son emploi chez JPMorgan Chase pour se consacrer entièrement au développement d’applications.

Ces réussites demeurent toutefois modestes devant l’ampleur de l’offre. Malgré l’explosion du nombre de nouveautés, les téléchargements de l’App Store n’ont progressé que de 3 % en 2025, pour atteindre 35,4 milliards. Durant la première moitié de 2026, leur croissance aurait été limitée à 2 %, avec 17,6 milliards de téléchargements.

Autrement dit, la capacité de produire des applications augmente beaucoup plus rapidement que l’intérêt des consommateurs. La programmation devient plus accessible, mais les difficultés liées à la découverte, à la promotion et à la fidélisation des utilisateurs demeurent.

Pour Apple, cette abondance représente à la fois une occasion et un risque. L’entreprise prélève généralement une commission sur les achats et les abonnements vendus dans les applications. Son taux standard peut atteindre 30 %, tandis que certains petits développeurs admissibles au programme destiné aux petites entreprises paient 15 %.

En théorie, une multiplication des applications pourrait donc augmenter les revenus d’Apple. Appfigures estime qu’en 2025, l’entreprise aurait conservé 34,21 milliards de dollars sur les 114,02 milliards générés par les achats intégrés dans l’App Store.

Cette logique ne fonctionne cependant que lorsque les applications attirent des utilisateurs disposés à payer. Plusieurs projets issus du vibecoding sont gratuits, conçus pour résoudre un besoin très précis ou financés par la publicité. Dans ce dernier cas, Apple ne reçoit généralement aucune commission sur les revenus publicitaires.

La vague actuelle exerce également une pression sur le processus de vérification. Apple affirme examiner manuellement les applications et leurs mises à jour afin de contrôler leur fonctionnement, leur contenu, leur sécurité et leur respect de la vie privée. L’entreprise indique que 90 % des soumissions sont évaluées en moins de 48 heures, même si certains développeurs rapportent des attentes beaucoup plus longues pour les dossiers exigeant une analyse supplémentaire. Apple présente son magasin comme un environnement fiable dans lequel les applications doivent respecter les mêmes exigences de qualité, de confidentialité et de sécurité.

L’ancien responsable de l’App Store Phillip Shoemaker estime que la quantité ne constitue pas nécessairement un problème, puisqu’un magasin numérique ne manque pas d’espace sur ses rayons. Le principal danger serait plutôt l’accumulation d’applications médiocres, répétitives ou abandonnées, ainsi que la possibilité que des acteurs malveillants utilisent les outils d’IA pour produire rapidement des logiciels trompeurs.

La facilité de création ne garantit pas non plus la qualité du code. Une application générée avec l’aide d’une IA peut fonctionner lors de tests simples tout en comportant des vulnérabilités, des problèmes de confidentialité ou des erreurs difficiles à détecter par une personne qui ne maîtrise pas la programmation. Les mécanismes de vérification d’Apple deviennent donc encore plus importants.

Pour certains créateurs, la rentabilité n’est d’ailleurs pas l’objectif principal. Le Suédois David Svensson a publié 11 petites applications en cinq mois, notamment pour suivre les risques d’incendie, les interdictions de feu, les avions et les bateaux. Ses projets totalisent près de 2 400 téléchargements. Il considère cette activité comme une passion et non comme une entreprise.

Le vibecoding redonne ainsi à l’App Store une partie de l’effervescence de ses débuts. Il permet à davantage de personnes de transformer rapidement une idée en produit fonctionnel. Mais cette abondance ne signifie pas nécessairement que les consommateurs veulent plus d’applications.

Pour Apple, le véritable enjeu ne sera donc pas de savoir combien d’applications l’intelligence artificielle peut produire. Il sera de maintenir la confiance des utilisateurs, de préserver la qualité de son catalogue et de leur permettre de trouver les rares créations qui méritent réellement leur attention.

Source : New York Times

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