L’intelligence artificielle s’installe partout, mais automatise encore peu le travail

L’intelligence artificielle générative s’est déjà diffusée dans une grande partie de l’économie, sans pour autant remplacer massivement les travailleurs. C’est la principale conclusion d’une vaste étude publiée par Google, fondée sur près de 15 millions d’interactions anonymisées avec l’application Gemini, le mode IA de Google et l’API Gemini.

Baptisée AI & Economy ATLAS, cette initiative de recherche cherche à comprendre comment l’intelligence artificielle est réellement utilisée au travail et dans la vie quotidienne. Les chercheurs ont associé les interactions analysées à plus de 800 professions, 4 000 tâches professionnelles, 300 activités domestiques, 150 pays et 140 langues.

Selon Google, l’usage professionnel de Gemini apparaît dans 68 % des professions étudiées. Ces métiers représentent un peu plus de 88 % de l’emploi aux États-Unis. L’adoption touche notamment les développeurs, les analystes financiers et les spécialistes du marketing, mais aussi des agriculteurs, des mécaniciens automobiles, des techniciens industriels et des travailleurs forestiers.

Cette présence très large ne signifie toutefois pas que l’IA prend en charge l’ensemble des responsabilités associées à ces métiers. Dans la profession médiane où un usage de l’IA a été observé, Gemini n’est utilisé que pour environ 21 % des tâches. Seulement 3 % des professions utilisent l’outil dans plus des trois quarts de leurs activités.

Les données contredisent donc, pour l’instant, le scénario d’une automatisation généralisée du travail intellectuel. Dans les tâches cognitives non routinières, comme la résolution de problèmes, la création ou la planification stratégique, moins de 10 % des conversations visaient à automatiser entièrement une tâche.

La majorité des utilisations correspondent plutôt à une collaboration entre l’humain et la machine. Gemini sert à produire une première version d’un document, réviser un contenu, rechercher de l’information, apprendre une procédure ou réfléchir à une stratégie. Pour les tâches cognitives routinières, l’automatisation complète est plus fréquente, mais elle représente tout de même environ le quart des interactions.

L’étude montre aussi que l’intelligence artificielle ne se limite pas aux emplois de bureau. Des mécaniciens utilisent par exemple Gemini pour analyser des résultats de diagnostic, comprendre des messages d’erreur, vérifier un câblage ou repérer l’usure de certaines pièces. Dans ces métiers, l’utilisation d’images et de vidéos est plus de deux fois supérieure à la moyenne observée dans les interactions professionnelles.

L’adoption demeure cependant fortement liée au niveau de revenu. Aux États-Unis, une hausse de 1 % du salaire médian d’une profession est associée à une augmentation de plus de 2,5 % de l’intensité d’utilisation de l’IA. Le salaire médian des professions représentées dans les conversations Gemini atteint environ 83 000 dollars américains, soit près de 20 000 dollars de plus que la médiane nationale pondérée selon l’emploi.

En dehors du travail, l’IA est encore plus présente. Plus de 86 % des interactions analysées concernent des activités personnelles. Les conversations couvrent des occupations représentant environ 98 % du temps d’éveil des Américains, notamment les loisirs, les achats, l’éducation, les déplacements, l’entretien de la maison et la gestion administrative.

Les activités considérées comme complexes ou désagréables semblent particulièrement propices à l’utilisation de l’IA. Les demandes associées aux services gouvernementaux et aux obligations civiques sont près de vingt fois plus nombreuses que ce que laisserait prévoir le temps normalement consacré à ces activités. Près de la moitié des consultations portant sur la santé, le droit, les finances ou les services publics surviennent en dehors des heures normales de bureau.

Google estime que de modestes économies de temps pourraient représenter une valeur économique considérable. Si l’IA permettait d’économiser seulement 30 minutes par semaine dans les tâches domestiques, la valeur du gain de productivité non rémunéré pourrait atteindre environ 100 milliards de dollars par année aux États-Unis. Il s’agit toutefois d’une estimation théorique, puisque l’étude ne mesure pas directement le temps réellement économisé.

À l’échelle mondiale, l’utilisation de Gemini progresse avec la richesse des pays. Une hausse de 1 % du produit intérieur brut par habitant est associée à une augmentation d’environ 0,9 % de l’utilisation par personne. Les pays appartenant au quintile d’adoption le plus faible ne génèrent que 2 % des conversations, ce qui fait craindre le maintien d’une fracture numérique.

Certains pays à revenu intermédiaire d’Amérique latine et du Moyen-Orient affichent néanmoins des taux d’adoption comparables à ceux de l’Europe occidentale. Google observe également que les pays non membres de l’OCDE utilisent davantage Gemini pour la création d’images, la conception graphique, la photographie, l’éducation et les tâches administratives.

L’anglais ne domine pas autant qu’on pourrait le croire. Il représente seulement environ le tiers des conversations mondiales. Les utilisateurs continuent par ailleurs d’employer leur langue principale pour les tâches professionnelles complexes, plutôt que de passer systématiquement à l’anglais.

Google reconnaît plusieurs limites importantes. L’étude mesure les demandes adressées à Gemini, mais pas la qualité des réponses, les résultats obtenus ni les gains réels de productivité. Elle exclut aussi plusieurs services très utilisés, notamment Google Workspace, AI Overviews, Google Traduction et certaines utilisations professionnelles payantes de l’API Gemini.

Les chercheurs préviennent également que les classifications des métiers, des tâches et des intentions reposent en partie sur des modèles d’intelligence artificielle. Les conclusions décrivent donc les usages observés pendant une période de deux semaines en avril 2026, et non l’ensemble du potentiel futur de la technologie.

Cette première édition d’ATLAS présente finalement une intelligence artificielle omniprésente, mais encore utilisée de façon partielle. Elle agit surtout comme un outil d’assistance, de recherche, de rédaction et de réflexion. L’automatisation complète existe, mais elle demeure concentrée dans certaines tâches routinières plutôt que dans des professions entières.

Source : AI & Economy ATLAS

+++++++

+++++++

Du lundi au vendredi, Bruno Guglielminetti vous propose un regard sur l’essentiel de l’actualité numérique avec 120 secondes de Tech.

Ou encore…

Écoutez la plus récente édition de Mon Carnet,
le magazine hebdomadaire de l’actualité numérique.


En savoir plus sur Mon Carnet

Subscribe to get the latest posts sent to your email.

Laisser un commentaire