
Sony mettra fin à la production de disques pour tous les nouveaux jeux lancés sur les consoles PlayStation à compter de janvier 2028. Les titres déjà commercialisés, ou prévus avant cette date, ne sont pas concernés. Les nouveaux jeux continueront d’être vendus sur le PlayStation Store ainsi que chez certains détaillants, mais uniquement sous forme numérique.
Cette décision risque d’accélérer le déclin du marché du jeu vidéo d’occasion, puisque les licences numériques ne peuvent généralement pas être revendues, échangées ou prêtées comme un disque. Les joueurs perdent ainsi la possibilité de récupérer une partie du prix payé pour financer un nouvel achat, tandis que les commerces spécialisés voient disparaître progressivement une activité historique.
Selon la firme Dataintelo, le marché mondial des plateformes de jeux d’occasion était évalué à 7,2 milliards de dollars américains en 2025 et pourrait atteindre 13,8 milliards en 2034. Il faut toutefois préciser que cette estimation ne porte pas uniquement sur les jeux sur disque. Elle comprend aussi les consoles, les accessoires, les périphériques, les commerces physiques et les plateformes de revente entre particuliers. Affirmer que Sony menace à lui seul un marché de 7,2 milliards est donc excessif, mais sa décision pourrait en réduire une partie importante.
Sony justifie son choix par l’évolution des habitudes de consommation. Les données financières de l’entreprise confirment cette transition. Durant l’exercice financier 2024, 76 % des jeux complets vendus sur PlayStation 4 et PlayStation 5 l’ont été par téléchargement. Cette proportion a atteint 83 % au premier trimestre de l’exercice suivant, avant de redescendre à 72 % au deuxième trimestre.
Les ventes physiques sont devenues particulièrement faibles aux États-Unis. Selon Mat Piscatella, analyste chez Circana, seulement sept jeux PlayStation avaient dépassé les 100 000 exemplaires physiques vendus depuis le début de 2026. Durant la semaine se terminant le 11 juillet, seuls deux titres avaient franchi le seuil des 10 000 copies.
Pour Sony, la distribution numérique est également beaucoup plus rentable. L’entreprise n’a pas à fabriquer les disques, à gérer leur transport ou à partager une partie du prix avec les détaillants. Elle contrôle aussi entièrement les ventes réalisées sur sa propre boutique et prélève une commission sur les jeux d’éditeurs tiers. Cette concentration soulève toutefois des préoccupations concernant les prix, la concurrence et la dépendance à une plateforme unique.
Les défenseurs du format physique rappellent qu’un disque peut être revendu, donné, prêté ou conservé pendant plusieurs décennies. La Digital Entertainment and Retail Association du Royaume-Uni a dénoncé une décision qui favorise, selon elle, la commodité des entreprises au détriment du choix des consommateurs. L’organisation affirme également qu’un quart des joueurs britanniques de moins de 25 ans utilisent encore des disques.
Le marché de l’occasion ne disparaîtra pas en janvier 2028. Des millions de jeux déjà publiés continueront de circuler pendant des années, tout comme les consoles et les accessoires usagés. Mais sans nouveaux titres physiques pour alimenter la revente, cette économie devrait progressivement se contracter. La décision de Sony marque surtout une rupture importante dans la notion de propriété d’un jeu vidéo. À l’avenir, les joueurs PlayStation achèteront de moins en moins un objet qu’ils possèdent et de plus en plus un droit d’accès dépendant des règles d’une plateforme numérique.
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Sachant que Sony peut les révoquer à tout moment, ces droits d’accès dont vous faites mention en fin d’article sont également un enjeu à considérer. Elle l’a fait plus tôt cette année en retirant 550 films de son catalogue vendus sous forme numérique. Le motif invoqué pour ce retrait massif est l’expiration des ententes de licences de contenu. Rien ne l’empêche de se livrer à la même pratique avec les jeux en prétextant, par exemple, que certains titres peu populaires occupent inutilement de l’espace sur ses serveurs. Ou je ne sais quel autre motif.
La grande majorité des gens a malheureusement tendance à oublier — ou ne sait tout simplement pas — que l’achat d’un produit sous forme numérique n’est en fait qu’une location. Une permission, pour ainsi dire, d’utiliser le produit en question.