
Des joueurs PlayStation préparent une semaine de boycott pour protester contre la décision de Sony d’abandonner les jeux sur disque. Baptisée « PS Blackout », l’opération invite les propriétaires de consoles PS4 et PS5 à ne pas se connecter, à ne pas jouer et à ne rien acheter sur les plateformes de Sony du 23 août au 30 août.
L’initiative est notamment portée par Does It Play?, un collectif consacré à la préservation des jeux vidéo et à leur fonctionnement sans connexion Internet. Dans son appel publié sur X, le groupe demande aux joueurs de laisser leur console éteinte ou de la déconnecter du réseau PlayStation pendant sept jours. L’objectif est de mesurer la mobilisation des utilisateurs et d’envoyer un signal économique à Sony, même si l’effet réel d’une telle action demeure difficile à prévoir.
La colère fait suite à l’annonce officielle de Sony Interactive Entertainment du 1er juillet. À compter de janvier 2028, l’entreprise cessera de produire des disques physiques pour tous les nouveaux jeux destinés aux consoles PlayStation. Les nouveautés seront offertes uniquement en téléchargement sur le PlayStation Store ou sous forme de codes numériques vendus par les détaillants. Les jeux commercialisés ou déjà prévus sur disque avant cette échéance ne seront pas touchés.
Sony présente cette décision comme une réponse à l’évolution des habitudes de consommation. Environ 80 % des ventes de jeux complets de l’entreprise étaient déjà numériques durant son exercice financier 2025. Le constructeur estime donc que l’abandon progressif du disque correspond à une tendance désormais largement dominante.
Cette transition ne concerne toutefois pas uniquement la préférence entre une boîte et un téléchargement. Les opposants soulèvent des questions liées à la propriété, à la revente, au prêt et à la préservation à long terme des jeux. Un disque peut généralement être revendu, donné ou prêté, tandis qu’une licence numérique demeure liée à un compte et aux conditions imposées par la plateforme.
Cette distinction peut avoir des conséquences juridiques concrètes. Par exemple, en France, une version dématérialisée d’un jeu vidéo ne peut actuellement pas être revendue comme un disque ou une cartouche.
Au Canada, pour une copie physique d’un jeu vidéo, la revente d’un exemplaire légitimement acheté est en permise; en revanche, pour un jeu dématérialisé, le cadre est beaucoup moins favorable à la revente par un particulier, et la situation est souvent traitée comme une licence plutôt que comme une vente de copie transférable.
Plusieurs pétitions demandant à Sony de revenir sur sa décision circulent également sur Change.org. La principale campagne associée au mouvement affirme que le passage au tout-numérique réduira le choix des consommateurs et compliquera la conservation des jeux lorsque les boutiques, les comptes ou les serveurs ne seront plus accessibles. Le nombre précis de signatures mentionné par certains médias ne pouvait toutefois pas être confirmé dans les données publiques consultées.
Le mouvement numérique est déjà très avancé. D’après les chiffres du ministère français de la Culture, la part du dématérialisé représentait 88 % du chiffre d’affaires des ventes de jeux en France en 2024, contre 79 % en 2019. Le marché physique ne représentait plus que 12 %.
Pour Sony, le choix du numérique permet de réduire les coûts de fabrication, de transport et de distribution, tout en gardant un contrôle plus direct sur les ventes. Pour les joueurs, il augmente toutefois la dépendance envers le PlayStation Store, les serveurs de Sony et la disponibilité future des licences achetées.
Le « PS Blackout » devrait permettre de mesurer l’ampleur visible du mécontentement, mais rien ne permet pour l’instant d’affirmer qu’il poussera Sony à revoir son calendrier. L’entreprise n’a annoncé aucun changement depuis la présentation de sa stratégie. Cette mobilisation illustre néanmoins un débat appelé à prendre de l’importance : dans un univers entièrement numérique, acheter un jeu ne signifie pas nécessairement le posséder de la même façon qu’un objet physique.
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