Meta suspend son projet de faire payer le « focus conversationnel » de ses lunettes

Meta a suspendu son projet de limiter l’accès au « focus conversationnel », une fonction de ses lunettes connectées qui facilite l’écoute d’une personne dans un environnement bruyant. Cette décision survient après une vague de critiques provoquée par l’arrivée annoncée d’un abonnement mensuel.

La fonction, appelée « Conversation Focus » en anglais, utilise les microphones et les haut-parleurs des lunettes pour amplifier la voix de la personne située devant l’utilisateur et réduire les bruits environnants. Elle avait été lancée en accès anticipé à la fin de 2025 sur certains modèles de lunettes de Meta.

Meta prévoyait d’accorder trois heures d’utilisation gratuite par mois. Les personnes souhaitant dépasser cette limite auraient dû souscrire à l’offre Meta One Premium, au prix de 19,99 dollars américains par mois. Même avec cet abonnement, l’utilisation aurait été plafonnée à 15 heures mensuelles. Ces limites avaient été mentionnées dans une page d’assistance de Meta consacrée à ses nouveaux abonnements.

La contestation s’est surtout concentrée sur le fonctionnement technique du focus conversationnel. Des essais ont montré que la fonction demeurait active lorsque les lunettes étaient déconnectées d’Internet. Le traitement est donc effectué directement par les composants intégrés aux lunettes, sans solliciter constamment les serveurs de Meta. Cette particularité a rendu difficile à justifier l’imposition d’une limite mensuelle présentée comme une forme de contrôle de l’utilisation des ressources.

Pour plusieurs utilisateurs, la décision revenait à faire payer chaque mois une capacité déjà présente dans un appareil acheté. La controverse était d’autant plus sensible que cette fonction peut être utile aux personnes qui éprouvent des difficultés à suivre une conversation dans un lieu bruyant.

Face aux critiques, Meta a indiqué qu’elle mettait son projet sur pause afin d’évaluer d’autres options. Le focus conversationnel restera gratuit pour les participants au programme d’accès anticipé pendant cette période de réévaluation. L’entreprise n’a cependant pas affirmé que les limites d’utilisation étaient définitivement abandonnées. Elle confirme également que certaines fonctions haut de gamme de ses lunettes seront éventuellement offertes par abonnement.

Meta One doit regrouper plusieurs niveaux d’abonnement donnant accès à des fonctions supplémentaires dans les services de Meta et sur certains appareils. L’entreprise cherche ainsi à développer des revenus récurrents autour de l’intelligence artificielle et de ses produits connectés.

L’affaire illustre une question appelée à prendre de l’importance avec la multiplication des appareils dotés d’intelligence artificielle. Les consommateurs accepteront-ils de payer un abonnement pour des fonctions exécutées à distance, mais refuseront-ils de payer pour des capacités déjà intégrées au matériel qu’ils possèdent? Et dans le cas du focus conversationnel, Meta semble avoir sous-estimé cette distinction. Une fonction reposant sur des services infonuagiques entraîne des coûts permanents de calcul et d’exploitation. Une fonction exécutée localement est plus difficile à présenter comme un service nécessitant une facturation mensuelle.

Cette marche arrière ne marque donc pas la fin des abonnements pour les lunettes de Meta. Elle montre plutôt que l’entreprise devra mieux expliquer ce que les utilisateurs financent et éviter de donner l’impression qu’une fonction déjà achetée peut être transformée après coup en service de location.

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