L’intelligence artificielle fait grimper la valeur des électriciens

L’intelligence artificielle est souvent présentée comme une menace pour les programmeurs, les professionnels du marketing, les comptables ou les employés administratifs. Mais derrière les modèles capables de produire du texte et du code se trouve une infrastructure physique que les robots conversationnels ne peuvent pas encore construire.

Les centres de données nécessaires à l’entraînement et au fonctionnement des systèmes d’IA exigent des milliers d’électriciens, de soudeurs, de charpentiers, de tuyauteurs, de mécaniciens, de techniciens en fibre optique et de spécialistes du chauffage et de la climatisation.

Cette main-d’œuvre devient l’une des ressources les plus convoitées de l’industrie technologique.

Amazon, Microsoft, Alphabet et Meta devraient consacrer collectivement environ 745 milliards de dollars américains à leurs dépenses d’investissement en 2026. Une grande partie de cette somme servira à construire des centres de données, à acheter des processeurs et à développer les réseaux électriques nécessaires à l’intelligence artificielle.

Ces investissements transforment progressivement les géants du logiciel en entreprises d’infrastructures. Ils doivent maintenant gérer des chantiers, sécuriser des approvisionnements énergétiques et recruter des travailleurs spécialisés dans des métiers longtemps éloignés de la Silicon Valley.

Or, les travailleurs qualifiés sont déjà difficiles à trouver. Les entreprises technologiques investissent donc directement dans leur formation.

En juin, Google.org a annoncé un engagement de 50 millions de dollars pour soutenir la préparation de plus de 300 000 travailleurs américains dans une vingtaine d’États. Le financement doit notamment appuyer des programmes destinés aux électriciens, aux soudeurs, aux tuyauteurs, aux travailleurs de la fibre optique et aux spécialistes des systèmes de ventilation.

L’initiative s’appuie sur des syndicats et des associations professionnelles qui disposent déjà de centres d’apprentissage. L’objectif n’est pas seulement de répondre aux besoins de Google, mais d’accroître rapidement le nombre de personnes capables de participer à la construction de centres de données, d’usines et d’autres infrastructures.

Meta a adopté une approche encore plus directe. L’entreprise consacre 115 millions de dollars à une académie de formation destinée aux métiers nécessaires à ses centres de données. Le programme, d’une durée de cinq semaines, couvre les frais de formation et garantit aux diplômés une offre d’emploi auprès d’un entrepreneur travaillant sur un chantier de Meta.

OpenAI a également conclu un partenariat avec North America’s Building Trades Unions, une organisation qui représente environ trois millions de travailleurs aux États-Unis et au Canada. Le groupe estime que les projets d’infrastructures d’OpenAI pourraient, à eux seuls, nécessiter l’équivalent de 20 % de la main-d’œuvre actuellement disponible dans certains métiers spécialisés au cours des cinq prochaines années.

La concurrence entraîne déjà une hausse des salaires. Selon une analyse d’Indeed, les travailleurs affectés à l’installation dans les centres de données peuvent gagner en moyenne 42 % de plus que leurs homologues occupant des fonctions comparables dans d’autres secteurs de la construction. Cette différence représente environ dix dollars supplémentaires par heure.

Dans les régions où plusieurs centres sont construits simultanément, les entrepreneurs doivent aussi offrir des primes d’embauche, payer les déplacements ou financer l’hébergement. Les travailleurs expérimentés peuvent changer d’employeur pour profiter d’un meilleur salaire, ce qui augmente encore la pression sur les chantiers.

Cette situation illustre une contradiction du développement de l’intelligence artificielle.

Les entreprises investissent dans des systèmes capables d’automatiser une partie du travail intellectuel, notamment la programmation, la rédaction, l’analyse de documents et certaines tâches juridiques ou administratives. Parallèlement, elles dépendent de plus en plus de travailleurs capables d’intervenir dans le monde physique.

Un modèle d’IA peut proposer un plan électrique ou aider à diagnostiquer une panne. Il ne peut cependant pas encore dérouler des kilomètres de câbles, installer un transformateur, raccorder un système de refroidissement ou souder une conduite dans un chantier qui évolue constamment.

La robotique progresse, mais les environnements de construction demeurent complexes et imprévisibles. Les tâches nécessitent de la dextérité, du jugement, une capacité d’adaptation et une connaissance précise des normes de sécurité.

Le titre voulant que l’IA remplace les programmeurs, mais pas les électriciens, reste néanmoins trop catégorique. L’intelligence artificielle ne fait pas disparaître l’ensemble des postes en programmation. Elle automatise surtout certaines étapes du développement logiciel et modifie les compétences demandées. Les programmeurs expérimentés restent nécessaires pour définir les systèmes, vérifier le code, assurer la sécurité et résoudre les problèmes complexes.

La situation des métiers spécialisés n’est pas non plus garantie à long terme. Une fois un centre de données terminé, le nombre d’emplois permanents est généralement beaucoup plus faible que pendant sa construction. Certains projets de Meta peuvent créer des milliers d’emplois temporaires sur les chantiers, mais seulement une centaine de postes d’exploitation par établissement après leur ouverture.

Les compétences acquises demeurent toutefois transférables. Les électriciens, les mécaniciens et les soudeurs peuvent travailler dans les usines, les immeubles commerciaux, les réseaux énergétiques ou la construction résidentielle.

Le développement de l’intelligence artificielle ne crée donc pas seulement une course aux chercheurs, aux processeurs et à l’électricité. Il déclenche également une compétition mondiale pour les personnes capables de construire les bâtiments qui abritent cette technologie.

Pendant que l’IA automatise une partie du travail effectué devant un écran, elle redonne une importance stratégique à des métiers manuels qui ont longtemps été sous-évalués. Les systèmes les plus avancés du monde reposent finalement sur une réalité très concrète : avant de pouvoir faire fonctionner l’intelligence artificielle, il faut encore des humains pour installer les prises, les câbles et les systèmes de refroidissement.

Source : calcalistech

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