ICE intensifie sa surveillance des critiques sur les réseaux sociaux

L’agence américaine de l’immigration et des douanes, mieux connue sous le sigle ICE, a mis en place un vaste programme de surveillance numérique destiné à repérer les menaces visant ses agents. Mais cette opération, menée avec l’aide d’entreprises privées, soulève de sérieuses inquiétudes quant au respect de la liberté d’expression.

Selon une enquête du Wall Street Journal, des équipes de sous-traitants analysent en permanence les publications accessibles sur Facebook, Instagram, X, Reddit, Discord, Snapchat et LinkedIn. Leur mandat consiste à repérer les menaces potentielles, mais aussi les activités susceptibles de nuire aux opérations de l’agence.

Lorsqu’un internaute est signalé, les analystes peuvent constituer un dossier comprenant son nom, son adresse, sa date de naissance, son employeur, son numéro d’assurance sociale, l’immatriculation de son véhicule et ses antécédents judiciaires, lorsque ces renseignements sont disponibles.

Le département de la Sécurité intérieure aurait également transmis des centaines d’assignations aux plateformes sociales afin d’identifier des utilisateurs anonymes. Certains citoyens américains ont ensuite été retrouvés à leur domicile, sur leur lieu de travail ou durant leurs déplacements par des agents leur demandant de reconnaître que leurs publications pouvaient constituer une infraction.

ICE affirme que ces mesures visent à protéger ses employés et leurs familles contre des campagnes coordonnées de violence et une forte augmentation des menaces de mort. L’agence soutient que ses méthodes respectent la Constitution, la vie privée et les libertés civiles.

Des avocats spécialisés en droits civils estiment toutefois que le programme dépasse largement la recherche de menaces crédibles. À leurs yeux, plusieurs personnes visées n’avaient fait qu’exprimer des opinions hostiles à ICE ou partager des renseignements déjà accessibles publiquement.

Reddit s’est notamment opposé à des demandes administratives visant onze comptes ayant publié du contenu critique envers les interventions fédérales. L’entreprise considérait que ces utilisateurs exerçaient une activité protégée par le Premier amendement. Le gouvernement a finalement retiré ces demandes, avant d’avoir recours, dans certains cas, à des assignations émises par un grand jury, juridiquement plus contraignantes.

L’enquête du Wall Street Journal a recensé dix personnes, dont neuf Américains et un Canadien, ayant contesté des tentatives du gouvernement pour obtenir leur identité. Quatre assignations ont été maintenues par les tribunaux, trois dossiers ont été abandonnés et trois autres demeurent en cours. Aucune accusation n’avait encore été déposée dans ces affaires au moment de la publication.

La frontière juridique reste complexe. Aux États-Unis, les menaces réelles ne sont pas protégées par la Constitution, contrairement à l’hyperbole politique, même lorsqu’elle est agressive ou offensante. Le défi consiste donc à distinguer une menace crédible d’une opinion excessive, d’une dénonciation politique ou du partage d’informations déjà publiques.

Les dépenses d’ICE consacrées aux technologies et aux consultants en surveillance ont fortement augmenté. Elles auraient atteint 258 millions de dollars américains durant la première année complète du nouveau mandat de Donald Trump, soit une hausse de 57 % par rapport à la période précédente.

Depuis 2020, ICE aurait signé au moins six contrats liés à la recherche de menaces dans les réseaux sociaux et les bases de données publiques. Les mandats prévoient notamment la géolocalisation de personnes qualifiées d’extrémistes, l’analyse de leurs relations et le recours à l’intelligence artificielle pour détecter des comportements pouvant annoncer de futures menaces.

Cette expansion survient alors que les équipes chargées de protéger la vie privée au sein d’ICE et du département de la Sécurité intérieure ont perdu plusieurs employés. D’anciens responsables craignent que la surveillance, les visites d’agents et les demandes d’identification créent un effet d’intimidation, même lorsqu’aucune accusation criminelle n’est finalement déposée.

Le débat oppose donc deux impératifs difficiles à réconcilier : la protection des agents fédéraux face aux menaces et le droit des citoyens de critiquer les autorités, de documenter leurs interventions et de s’exprimer librement sur les politiques d’immigration.

Source : wall street journal

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