IRIS² : l’Europe accélère sa réponse souveraine à Starlink, premiers lancements en 2029

L’Union européenne vient de franchir une nouvelle étape dans la construction d’IRIS², sa future constellation de satellites destinée à assurer des communications sécurisées et indépendantes des infrastructures étrangères. La Commission européenne et le consortium SpaceRISE ont conclu le 7 août un accord d’exécution qui fait passer le programme de la planification à la préparation industrielle et au déploiement.

Le calendrier est désormais plus précis. Les premiers lancements sont prévus en 2029, avec un déploiement progressif des services à partir de cette période. La mise en service opérationnelle du réseau est attendue en 2030. L’Agence spatiale européenne précise que les travaux portent maintenant sur la conception détaillée de la constellation, la fabrication des satellites, les infrastructures terrestres sécurisées et la réservation des services de lancement.

IRIS², pour « Infrastructure for Resilience, Interconnectivity and Security by Satellite », doit offrir à l’Europe une infrastructure de communications par satellite sous contrôle européen. Elle vise particulièrement les gouvernements, les forces armées, les services de sécurité, les infrastructures critiques et les services d’urgence. Des capacités commerciales sont également prévues.

Le projet prend aujourd’hui davantage d’ampleur. L’architecture principale passe à 348 satellites, soit 330 appareils en orbite terrestre basse et 18 en orbite moyenne. L’Union européenne a ajouté 66 satellites à la configuration initialement prévue afin d’augmenter les capacités destinées notamment aux usages militaires, gouvernementaux et de sécurité.

Selon l’ESA, cette nouvelle architecture doit accroître de 60 % la capacité de communication sécurisée disponible pour les gouvernements européens et de 54 % la capacité offerte à l’échelle mondiale. Le système est aussi conçu pour résister davantage aux tentatives de brouillage et aux perturbations pouvant toucher les communications satellitaires.

IRIS² est régulièrement présenté comme une réponse européenne à Starlink, mais la comparaison a ses limites. Starlink est avant tout un réseau commercial à très grande échelle destiné à fournir un accès Internet à faible latence. IRIS² répond d’abord à une logique de souveraineté, de sécurité et de résilience. Son objectif n’est donc pas nécessairement de reproduire le modèle de SpaceX satellite pour satellite, mais de garantir à l’Europe qu’elle puisse conserver des communications stratégiques sans dépendre d’un opérateur non européen.

Cette question de dépendance a pris une importance particulière avec les tensions géopolitiques des dernières années et l’utilisation croissante des communications par satellite dans les conflits et les situations de crise. La Commission européenne a déjà mis en service GOVSATCOM, un mécanisme permettant aux États membres d’utiliser des capacités satellitaires gouvernementales européennes existantes. IRIS² doit constituer l’étape suivante en fournissant une infrastructure européenne dédiée.

Le projet repose sur un partenariat public-privé dirigé par SpaceRISE, qui regroupe SES, Eutelsat et Hispasat. Airbus Defence and Space, Thales Alenia Space, OHB, Aerospacelab et plusieurs autres entreprises européennes participeront à la fabrication et aux infrastructures associées.

Hispasat vient notamment d’être choisi comme maître d’œuvre pour plusieurs éléments du réseau, dont des antennes, des systèmes de contrôle et des liaisons terrestres. Reuters rapporte que ces contrats représentent plus de 1,6 milliard d’euros. L’entreprise doit également diriger une composante en orbite basse destinée notamment aux communications directes avec les appareils et à l’Internet des objets.

Le coût du programme a lui aussi augmenté. Reuters évalue maintenant l’investissement total à environ 15,6 milliards d’euros, dont quelque 4 milliards provenant du consortium SpaceRISE. À titre de comparaison, lors de la signature du contrat de concession en décembre 2024, le financement présenté tournait autour de 10,6 milliards d’euros. L’élargissement de la constellation et les nouvelles exigences de sécurité expliquent au moins une partie de cette hausse.

Plusieurs pays injectent également des sommes supplémentaires. L’Espagne prévoit entre 1,6 et 2 milliards d’euros, la Pologne 656 millions et la Hongrie 500 millions. L’agence spatiale polonaise confirme que Varsovie financera notamment une douzaine de satellites pour environ 2,8 milliards de zlotys, soit 656 millions d’euros.

IRIS² arrivera toutefois sur un marché où SpaceX dispose déjà d’une avance considérable avec Starlink et où Amazon développe également son propre réseau satellitaire. La valeur stratégique du projet européen se mesurera donc moins au nombre de satellites qu’à sa capacité à offrir aux gouvernements et aux organisations européennes un réseau sécurisé, résilient et réellement indépendant.

Après plusieurs années de discussions, cette étape du 7 août 2026 donne enfin à IRIS² une trajectoire industrielle plus concrète. Les premiers satellites ne doivent cependant pas décoller avant 2029. La véritable épreuve commencera ensuite : transformer cette ambition de souveraineté spatiale européenne en un réseau opérationnel et compétitif à partir de 2030.

Source : esa.int

+++++++

+++++++

Du lundi au vendredi, Bruno Guglielminetti vous propose un regard sur
l’essentiel de l’actualité numérique avec 120 secondes de Tech.

Ou encore…

Écoutez la plus récente édition de Mon Carnet,
le magazine hebdomadaire de l’actualité numérique.


En savoir plus sur Mon Carnet

Subscribe to get the latest posts sent to your email.

Laisser un commentaire