Candy Crush, quinze ans plus tard : pourquoi le jeu refuse de disparaître

Quinze ans après ses débuts, Candy Crush Saga continue de défier une règle presque incontournable du jeu mobile : ce qui monte très vite finit généralement par retomber tout aussi rapidement. Le titre de King, lui, reste solidement installé sur des millions de téléphones et continue de générer des centaines de millions de dollars par année.

Selon les données compilées par Business of Apps et citées par Bloomberg Businessweek, Candy Crush Saga aurait compté environ 81,5 millions d’utilisateurs actifs mensuels en 2025, enregistré 190,5 millions d’installations durant l’année et généré 876,5 millions de dollars en revenus provenant des achats intégrés. En 2023, King annonçait avoir dépassé les 20 milliards de dollars de revenus cumulés pour la franchise Candy Crush, avec plus de cinq milliards d’installations.

Le succès est d’autant plus remarquable que le jeu repose sur une mécanique extrêmement simple. Le joueur doit aligner au moins trois bonbons de même couleur afin de les faire disparaître et progresser dans des milliers de niveaux. Cette formule dite « match-three » n’est pas nouvelle, mais King a réussi à la rendre suffisamment accessible pour toucher un public bien plus large que celui des joueurs traditionnels.

Une partie de cette longévité s’explique justement par cette simplicité. Candy Crush ne demande ni longue période d’apprentissage, ni maîtrise de commandes complexes, ni présence continue devant l’écran. Comme le jeu fonctionne au tour par tour, il est possible d’y jouer quelques minutes dans le métro, sur un canapé ou entre deux activités, puis de le refermer sans pénalité.

King a également travaillé avec précision sur l’équilibre entre difficulté et gratification. Le jeu doit être assez facile pour donner au joueur l’impression de progresser, mais suffisamment difficile pour créer de la tension et l’inciter à recommencer. David Nieborg, professeur à l’Université de Toronto qui étudie notamment Candy Crush, explique que ce type de conception cherche à créer une habitude durable chez le joueur.

Cette stratégie s’appuie sur une succession de petites récompenses. Terminer un niveau procure une sensation immédiate d’accomplissement, puis le jeu en propose aussitôt un autre. Paula Ingvar, directrice générale de Candy Crush Saga, décrit le jeu comme une expérience qui peut facilement se glisser dans les temps morts de la journée et offrir la satisfaction d’une série de petites victoires.

Autre élément important, Candy Crush est presque totalement détaché d’un contexte culturel précis. Il ne repose pas sur une histoire complexe, un univers géographique ou des références sociales particulières. Cette neutralité lui permet de fonctionner aussi bien auprès d’un joueur à Montréal que d’un autre à Tokyo, São Paulo ou Lagos.

Le modèle économique a lui aussi joué un rôle majeur. Candy Crush a contribué à populariser le modèle « freemium » : le jeu est gratuit, mais les joueurs peuvent acheter des vies supplémentaires, des mouvements additionnels ou des bonus pour progresser plus facilement. Selon les données citées par Bloomberg, environ 4 % seulement des joueurs effectueraient des achats, ce qui signifie qu’une petite partie du public suffit à générer une part importante des revenus.

Cette mécanique provoque toutefois des critiques. Certains joueurs de longue date estiment que les niveaux avancés deviennent volontairement trop difficiles afin de les pousser vers l’achat de mouvements ou de bonus. King rejette cette accusation et affirme ne pas concevoir ses niveaux dans le but de provoquer des achats, tout en reconnaissant que le niveau de difficulté est régulièrement testé et ajusté.

La stabilité de Candy Crush a aussi traversé deux acquisitions majeures. Activision Blizzard a acheté King pour 5,9 milliards de dollars en 2016, avant d’être lui-même acquis par Microsoft en 2023 pour 68,7 milliards de dollars. King fait aujourd’hui partie de l’écosystème Xbox, où le jeu mobile demeure stratégique, même si l’entreprise a aussi subi des suppressions de postes.

Le contenu, lui, n’a jamais cessé de s’allonger. Candy Crush Saga compte maintenant plus de 23 000 niveaux et King continue d’en ajouter plusieurs dizaines chaque semaine. L’entreprise organise aussi un tournoi annuel, Candy Crush All-Stars, dont la finale 2026 à Londres proposait un million de dollars en prix.

C’est peut-être là que réside la véritable force de Candy Crush. Le jeu n’a jamais été conçu pour être terminé. Il repose plutôt sur une boucle presque infinie de progression, de difficulté et de gratification. Quinze ans après son lancement, cette formule continue de fonctionner dans un univers mobile où les succès sont souvent beaucoup plus éphémères.

Source : bloomberg

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