Farah RK : les créateurs politiques bousculent les médias traditionnels

À l’approche de l’élection présidentielle française de 2027, une transformation s’accélère dans le paysage médiatique. Les responsables politiques ne s’adressent plus uniquement aux grandes chaînes de télévision, aux radios et aux journaux. Ils doivent désormais composer avec une nouvelle génération de créateurs de contenus politiques qui ont bâti leur propre audience sur TikTok, Instagram, YouTube et d’autres plateformes.

Farah RK fait partie de ces nouvelles voix. Éditorialiste politique issue du monde des médias, elle s’est imposée en ligne avec une approche qui combine analyse, contextualisation et présence sur le terrain. Elle revendique surtout une volonté de ne pas s’enfermer dans un camp politique, quitte à s’attirer les critiques de la droite lorsqu’elle couvre la gauche, et celles de la gauche lorsqu’elle assiste à des événements de droite.

Lors de notre entretien pour Mon Carnet, Farah RK constate que les réseaux sociaux ont déjà transformé de nombreux secteurs, de la musique à l’art, et qu’il était inévitable que la politique et les médias connaissent à leur tour cette évolution. Selon elle, les créateurs de contenus politiques ont longtemps été considérés comme de simples influenceurs, parfois regroupés sans nuance parmi les médias d’opinion. Cette époque commence à prendre fin.

« Tout le système médiatico-politique se rend compte qu’en fait, tu ne peux pas composer sans nous puisqu’on fait partie de l’évolution de la politique et du débat démocratique. »

Pour Farah RK, ces nouveaux acteurs font désormais partie intégrante du débat démocratique et de la manière dont une partie du public s’informe.

Sa démarche s’appuie pourtant sur plusieurs réflexes hérités du journalisme traditionnel. Elle insiste sur la nécessité de replacer les déclarations politiques dans leur contexte, de présenter les faits et de fournir suffisamment d’éléments pour que chacun puisse construire sa propre opinion. Dans un univers où les réseaux sociaux favorisent souvent les réactions émotionnelles et instantanées, elle cherche au contraire à remettre du contexte autour des images et des déclarations qui circulent.

« Mon rôle, c’est de faire en sorte que quelqu’un qui regarde la vidéo ait un contexte pour comprendre la vidéo et qu’il ait des faits pour comprendre la vidéo. »

Elle considère essentiel de laisser le public tirer ses propres conclusions plutôt que de lui dicter une lecture politique.

Cette pédagogie constitue probablement l’une des raisons du succès de ces formats. La politique reste un sujet sérieux, reconnaît-elle, mais cela ne signifie pas qu’elle doive être présentée dans un langage inaccessible ou institutionnel. On peut être léger dans la forme tout en demeurant rigoureux sur le fond. Pour elle, rendre la politique compréhensible permet aussi de rapprocher les citoyens de décisions qui influencent directement leur quotidien.

Le terrain occupe également une place centrale dans son travail. Farah RK participe maintenant à des événements politiques qui étaient autrefois largement réservés aux journalistes détenteurs d’une carte de presse. Elle couvre les rencontres avec les candidats, mais cherche aussi à montrer ce qui se passe autour d’eux : les équipes, les militants, les journalistes, la mécanique d’une campagne et les citoyens concernés par les décisions politiques.

Au Salon de l’agriculture, par exemple, elle raconte avoir passé des heures avec des éleveurs afin de mieux comprendre leurs réalités avant d’interroger des responsables politiques. Pour elle, cette proximité permet de poser de meilleures questions et de parler d’un sujet en connaissant réellement ce que vivent les personnes concernées.

Cette montée en puissance des nouveaux médias crée évidemment des tensions avec les acteurs traditionnels. Mais Farah RK observe un paradoxe : pendant que certaines chaînes regardent encore les créateurs de contenus avec méfiance, elles adoptent elles-mêmes de plus en plus les formats courts et les codes popularisés sur les réseaux sociaux.

« On est en train de changer les codes, qu’on le veuille ou pas. »

Selon elle, les médias traditionnels ont eux-mêmes compris qu’un nouvel espace d’information s’était installé, puisqu’ils reprennent aujourd’hui plusieurs formats développés sur les plateformes sociales.

La frontière devient donc beaucoup plus floue. Les créateurs accèdent aux événements politiques tandis que les journalistes traditionnels lancent leurs propres balados, chaînes YouTube et formats sociaux. Selon Farah RK, cette évolution pourrait mener soit à davantage de collaborations, soit à une concurrence beaucoup plus directe, particulièrement durant la campagne présidentielle.

Elle refuse toutefois de réduire cette transformation à une simple bataille entre anciens et nouveaux médias. Son message aux médias traditionnels est plutôt qu’il faut désormais reconnaître une réalité : les créateurs politiques ont trouvé leur public et leur place dans l’écosystème de l’information.

La présidentielle de 2027 pourrait constituer un moment charnière. Pour la première fois en France, ces créateurs devraient participer à une campagne nationale avec une audience et une influence médiatique suffisamment importantes pour rivaliser, dans certaines séquences, avec des médias établis.

Cette reconnaissance pose cependant une nouvelle question. Si ces créateurs deviennent des acteurs permanents du paysage médiatico-politique, quel statut leur donner? Farah RK rappelle que beaucoup travaillent comme indépendants ou à travers leur propre société, sans bénéficier du cadre professionnel réservé aux journalistes. Elle estime que cette question pourrait devenir difficile à éviter après l’élection.

De son côté, elle poursuit déjà son parcours au-delà des réseaux sociaux. Elle annonce la publication d’un essai chez Plon en janvier 2027, une étape supplémentaire dans cette circulation désormais permanente entre plateformes numériques, médias traditionnels et édition.

La présidentielle française permettra donc de mesurer quelque chose de plus large que la performance politique des candidats. Elle montrera aussi jusqu’où les habitudes d’information ont changé. Les créateurs politiques ne sont plus simplement à la périphérie du système médiatique. Ils commencent à en devenir l’un des acteurs.

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