Meta mise des dizaines de milliards sur l’IA, mais cherche encore son produit vedette

Après avoir consacré des dizaines de milliards de dollars au métavers, Mark Zuckerberg engage Meta dans une nouvelle transformation majeure. Cette fois, l’objectif est de faire de l’entreprise l’un des grands laboratoires mondiaux d’intelligence artificielle et, à terme, de proposer ce que son dirigeant appelle une « superintelligence personnelle » accessible au plus grand nombre.

Dans un long manifeste publié en août, Zuckerberg défend l’idée d’une intelligence artificielle très puissante qui ne serait pas réservée aux entreprises ou aux gouvernements. Il souhaite au contraire la distribuer largement afin que chacun puisse l’utiliser comme professeur, conseiller, assistant professionnel ou outil de création. Cette ambition s’accompagne d’un objectif encore plus audacieux : faire de Meta un laboratoire d’IA capable de rivaliser avec OpenAI, Anthropic et Google.

Meta dispose assurément des moyens financiers nécessaires. L’entreprise prévoit entre 130 et 145 milliards de dollars américains de dépenses en immobilisations en 2026, principalement pour construire l’infrastructure informatique indispensable à l’intelligence artificielle. Depuis 2024, elle a entrepris la construction de neuf centres de données, dont un projet de 50 milliards de dollars en Louisiane. Son activité publicitaire demeure parallèlement extrêmement profitable et représentait 98 % de ses revenus au deuxième trimestre de 2026.

Cette accélération intervient après plusieurs années plus difficiles pour la stratégie technologique de Meta. Zuckerberg avait pourtant pris très tôt l’intelligence artificielle au sérieux. Facebook avait créé son laboratoire FAIR dès 2013 sous la direction de Yann LeCun. Ce laboratoire allait notamment contribuer à la création de PyTorch, devenu l’un des outils fondamentaux de l’apprentissage profond.
Mais l’attention de Zuckerberg s’est ensuite déplacée vers la réalité virtuelle et le métavers. Facebook est devenu Meta en 2021 et l’entreprise a investi massivement dans cette vision. Entre 2020 et 2025, Reality Labs, la division responsable du matériel associé au métavers, aurait accumulé 84 milliards de dollars américains de pertes, selon les données rapportées par Fast Company.

L’arrivée de ChatGPT à la fin de 2022 a changé la dynamique. Meta s’est retrouvé dans une course où OpenAI, Google et Anthropic avançaient rapidement. Son modèle Llama a néanmoins permis à l’entreprise de se démarquer grâce à une approche plus ouverte. Llama 2, puis Llama 3, ont été distribués sous forme de modèles à poids ouverts, permettant aux chercheurs et développeurs de les modifier et de les exploiter beaucoup plus librement que les modèles propriétaires de plusieurs concurrents.

Cette avance relative n’a cependant pas duré. L’arrivée de DeepSeek au début de 2025 a renforcé la concurrence dans les modèles ouverts. Llama 4 a ensuite connu un lancement controversé, notamment parce que Meta avait mis de l’avant des résultats obtenus avec une version différente de celle finalement distribuée. Yann LeCun avait reconnu au Financial Times que certains résultats avaient été légèrement arrangés.

Meta a alors profondément réorganisé ses efforts. L’entreprise a investi 14 milliards de dollars américains pour obtenir 49 % de Scale AI et recruté son cofondateur Alexandr Wang pour diriger Meta Superintelligence Labs. Zuckerberg a également multiplié les offres spectaculaires pour attirer des chercheurs en IA provenant de sociétés concurrentes, certains forfaits de rémunération pouvant dépasser 100 millions de dollars américains la première année, selon les informations rapportées par Fast Company.

Cette nouvelle équipe a depuis lancé plusieurs versions du modèle Muse Spark. Meta maintient également une présence dans l’écosystème ouvert avec Muse Glimmer et prévoit une version à poids ouverts de Muse Spark 1.2. Mais cette transformation s’est accompagnée d’une importante restructuration. Quelque 8 000 emplois ont été supprimés et environ 7 000 employés ont été déplacés vers des fonctions liées au développement accéléré des modèles d’IA.

Le problème pour Meta n’est toutefois plus seulement de construire de bons modèles. Il faut maintenant trouver les produits capables de justifier ces investissements gigantesques.

Zuckerberg présente sa « superintelligence personnelle » comme une technologie capable d’aider les utilisateurs à atteindre leurs objectifs, apprendre de nouvelles compétences ou bénéficier d’un professeur disponible en permanence. Meta évoque même la possibilité d’offrir ces services gratuitement ou à très faible coût, ce qui laisse entrevoir une intégration avec son puissant modèle publicitaire.

Les lunettes intelligentes développées avec EssilorLuxottica représentent probablement l’une des pistes les plus concrètes. Meta et son partenaire détiendraient actuellement 69 % du marché émergent des lunettes intelligentes et IDC prévoit que ce marché pourrait approcher les 40 millions d’unités par année en 2030. Ces appareils permettent surtout à Meta d’expérimenter une interface où l’IA accompagne l’utilisateur sans passer constamment par un téléphone intelligent.

L’entreprise commence aussi à exploiter l’IA dans ses activités commerciales. Meta Business Agent permet notamment aux entreprises d’automatiser une partie du service à la clientèle dans WhatsApp, Messenger et Instagram. Meta propose également Muse Spark aux développeurs par l’intermédiaire d’une API et a lancé Muse Code, un agent destiné à la programmation.

Mais Meta doit composer avec une difficulté supplémentaire : la confiance. Les nombreuses controverses entourant la vie privée et la sécurité de ses plateformes compliquent la promesse d’une intelligence artificielle qui connaîtrait profondément chaque utilisateur. Fast Company rappelle notamment plusieurs incidents récents impliquant la reconnaissance faciale, la sécurité des comptes Instagram et la génération d’images de personnes sans autorisation.

Pour Zuckerberg, le pari est donc considérable. Meta possède l’argent, les données, des milliards d’utilisateurs et une infrastructure informatique gigantesque. L’entreprise dispose également de plateformes capables de distribuer instantanément de nouveaux services d’intelligence artificielle à une échelle que peu de concurrents peuvent égaler.

Ce qui lui manque encore, c’est peut-être l’essentiel : une application de l’intelligence artificielle suffisamment convaincante pour transformer ces milliards d’investissements en un nouveau pilier durable de l’entreprise.

Après Facebook, Instagram, WhatsApp et le pari beaucoup plus incertain du métavers, Mark Zuckerberg tente donc une nouvelle fois de définir ce que sera la prochaine grande plateforme informatique. Cette fois, il mise presque tout sur l’intelligence artificielle. Les moyens sont là. Reste maintenant à savoir si les usages suivront.

Source : fast company, meta

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