
Google affirme que les utilisateurs situés au Canada continueront de voir « Lake Ontario » dans Google Maps. Pourtant, des cartes intégrées à des sites gouvernementaux canadiens affichent maintenant « Lake America ». Le phénomène ne touche pas seulement l’Ontario. Il est aussi visible au Québec, notamment sur la carte officielle de Québec 511.
Une capture réalisée tôt ce matin montre clairement le nom « Lake America » sur la carte interactive de Québec 511, consultée au Québec à partir de la version française du service gouvernemental. Le logo de Transports et Mobilité durable Québec apparaît dans le coin supérieur gauche, tandis que la mention Google et le crédit « Données cartographiques ©2026 Google » sont visibles au bas de la carte. Et la politique de confidentialité de Québec 511 confirme que le service utilise les outils de cartographie et de visualisation de Google Maps. Québec 511 affiche donc une carte de base fournie par Google, sur laquelle le gouvernement ajoute ses propres données concernant les travaux, les conditions routières, les fermetures et les incidents.
L’appellation américaine s’est ainsi retrouvée sur un site officiel québécois sans que le gouvernement du Québec ait modifié sa propre nomenclature.
Le même problème a été observé également en Ontario. « Lake America » est apparu sur les cartes de la LCBO, d’Hydro One, de Metrolinx, d’Infrastructure Ontario et du localisateur de magasins de Loblaws. Le ministre ontarien des Services au public et aux entreprises. Et Hydro One confirme la situation avec la carte de Google en attribuant le problème à un service cartographique externe et indiqué travailler avec son fournisseur pour restaurer le nom approprié.
Ces exemples démontrent que le problème ne dépend pas uniquement de l’endroit où se trouve l’utilisateur. Il peut également varier selon le produit Google employé et la manière dont la carte est configurée par le site qui l’intègre.
Lorsqu’une personne ouvre directement l’application ou le site Google Maps, Google peut déterminer le pays de consultation et présenter une version régionale de sa carte. L’entreprise affirme appliquer les règles suivantes : « Lake America » aux États-Unis, « Lake Ontario » au Canada et les deux appellations ailleurs dans le monde.
Mais une carte intégrée à un autre site fonctionne toutefois différemment. L’organisation utilise Google Maps Platform, qui comprend plusieurs produits, dont Maps JavaScript API, Maps Embed API, Maps Static API, Places API et Geocoding API.
Dans le cas de Maps JavaScript API, le site charge les tuiles cartographiques et les données de Google au moment où la page est ouverte. Il peut transmettre différents paramètres, notamment une langue et une région. La carte n’est donc pas enregistrée comme une image fixe sur le serveur du gouvernement. Lorsque Google modifie sa carte de base, le changement peut se propager automatiquement aux sites qui utilisent ses services.
Google permet aux développeurs de préciser la région associée à une carte. Pour le Canada, le code est CA. La langue française peut être demandée séparément avec le code fr. Selon la documentation de Google Maps Platform, le paramètre region peut modifier les tuiles cartographiques, influencer les résultats de recherche et adapter l’affichage aux conventions du pays choisi.
D’ailleurs, Google recommande aux développeurs de définir ce paramètre régional. L’entreprise précise également qu’il revient au responsable du site de s’assurer que la bonne localisation est appliquée dans le pays où l’application est offerte.
Le paramètre language, de son côté, agit surtout sur la langue de l’interface, des itinéraires et de certaines étiquettes. Une carte en français n’est donc pas automatiquement une carte présentant la perspective toponymique canadienne.
Québec 511 a-t-il omis de définir la région canadienne ? Je ne sais pas.
La capture confirme en tout cas que Québec 511 utilise une carte Google affichant « Lake America ». Elle ne permet toutefois pas de déterminer si le paramètre region=CA était absent, mal interprété ou ignoré par Google au moment du déploiement. Ni Québec 511 ni Google n’avaient publié, au moment de cette vérification, une explication technique propre à ce cas.
Il serait donc prématuré d’attribuer automatiquement le problème à une erreur de programmation du gouvernement du Québec. Il pourrait s’agir d’une région canadienne non définie, d’une valeur régionale provenant d’un autre contexte, d’une différence entre les produits de Google Maps Platform, d’un problème temporaire pendant le déploiement ou d’une erreur de Google dans l’application de ses propres règles.
Pour ce qui est du changement de nom, Google explique mettre à jour ses cartes à partir de sources gouvernementales officielles. L’entreprise tient également compte de fournisseurs cartographiques, de normes internationales et de ses propres recherches. Elle ne publie toutefois pas une liste complète permettant de connaître la provenance exacte de chaque nom affiché.
Aux États-Unis, la référence fédérale est le Geographic Names Information System, ou GNIS. Cette base est administrée par l’United States Geological Survey pour le U.S. Board on Geographic Names. Elle constitue la norme fédérale américaine pour les noms d’entités géographiques.
Après le décret présidentiel du 27 août, le GNIS a remplacé « Lake Ontario » par « Lake America » pour l’usage du gouvernement fédéral américain. Google a confirmé avoir repris cette modification pour sa version américaine de Google Maps. Cette décision ne donne toutefois pas au nouveau nom une portée internationale et ne change pas la nomenclature canadienne.
Au Canada, la référence nationale est la Base de données toponymiques du Canada, administrée par Ressources naturelles Canada. Les données officielles proviennent des autorités fédérales, provinciales et territoriales représentées au sein de la Commission de toponymie du Canada. Cette base reconnaît toujours « Lake Ontario » et « Lac Ontario » comme appellations officielles.
Celà étant dit, Google ne confirme pas publiquement que chaque nom canadien de Google Maps est récupéré directement et automatiquement dans cette base. Il faut donc distinguer la nomenclature officielle canadienne de la base cartographique interne exploitée par Google.
L’incident montre qu’une organisation qui utilise Google Maps ne délègue pas seulement l’affichage des routes et des frontières. Elle confie aussi une partie de sa toponymie à une entreprise étrangère qui produit différentes versions régionales du monde.
Pour un localisateur de magasins, cette dépendance peut sembler secondaire. Pour une carte gouvernementale comme Québec 511, elle devient plus délicate. Le site officiel du gouvernement du Québec présente alors une appellation qui n’est reconnue ni par le Québec ni par le Canada.
Les ministères, municipalités et sociétés d’État devraient maintenant vérifier leurs cartes, définir explicitement la région canadienne et tester l’affichage obtenu. La présence du paramètre region=CA ne devrait toutefois pas être considérée comme une garantie absolue avant d’avoir été validée.
Pour les usages officiels, une solution plus robuste consisterait à superposer les données toponymiques canadiennes ou québécoises à la carte de base, ou à employer une plateforme permettant de contrôler les noms affichés.
L’affaire « Lake America » ne change pas le nom du lac au Canada. Elle révèle plutôt à quel point les cartes gouvernementales dépendent de paramètres techniques et de décisions prises à l’extérieur du pays.
Sources : Google, Google Maps Platform, Québec 511, Ressources naturelles Canada, Commission de toponymie du Québec, U.S. Geological Survey, Global News et Reuters.
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