Élections 2026 : ce que les cinq principaux partis proposent sur le numérique

À peine une semaine après le déclenchement de la campagne électorale québécoise, le numérique et l’intelligence artificielle commencent à trouver leur place dans les engagements des principaux partis. Ils demeurent cependant loin derrière la santé, l’économie, le logement ou le coût de la vie dans le discours politique. À ce stade, aucune des cinq formations étudiées ne présente encore un programme numérique couvrant l’ensemble des enjeux, mais leurs premières propositions permettent déjà de distinguer des approches différentes.

Du côté de la Coalition avenir Québec, Christine Fréchette a placé le numérique au cœur d’une proposition présentée le 2 septembre pour moderniser l’administration publique. La CAQ veut accélérer le recours à l’intelligence artificielle afin d’automatiser certaines tâches répétitives et permettre aux employés de l’État de consacrer davantage de temps aux tâches nécessitant leur jugement ou leur intervention.

La formation propose également de créer une équipe relevant directement de la première ministre pour superviser les grands projets numériques gouvernementaux. Après les ratés de SAAQclic, la CAQ estime que Québec doit reprendre davantage le contrôle de ses projets informatiques, regrouper ses ressources et reconstruire une expertise interne capable de suivre les projets du début à la fin. Cette équipe aurait aussi la responsabilité de mieux protéger les données gouvernementales et de favoriser l’utilisation de l’IA dans les processus de l’État.

La modernisation technologique s’inscrit dans un plan plus large de réduction de la taille de l’administration. La CAQ vise l’abolition de plus de 2 900 postes supplémentaires d’ici au 31 mars 2029, principalement par un programme volontaire de départs à la retraite. Le parti estime les économies cumulées à 507 millions de dollars sur cinq ans. Il faut toutefois distinguer cet objectif de la seule implantation de l’IA. La CAQ ne prétend pas que ces postes seront directement remplacés par l’intelligence artificielle.

La CAQ arrive également en campagne avec une politique de souveraineté numérique déjà mise en place par son gouvernement. Présenté en février, l’Énoncé de politique de souveraineté numérique et d’approvisionnement en technologie de l’information vise à réduire la dépendance de l’État envers les fournisseurs étrangers et à renforcer son contrôle sur les infrastructures et les données sensibles.

Cette politique prévoit notamment une plus grande utilisation de centres de traitement situés au Québec ou au Canada, la création de centres de données souverains, le développement du Nuage gouvernemental du Québec et une promotion accrue du logiciel libre. Québec a aussi autorisé jusqu’à 40 contrats informatiques pouvant être réservés à des entreprises établies au Québec ou au Canada.

Le Parti québécois place lui aussi la souveraineté numérique parmi ses priorités, mais avec une approche politique différente. Le PQ propose de légiférer afin d’inscrire cette souveraineté dans le cadre québécois et veut favoriser davantage les entreprises locales dans les projets de transformation numérique de l’État. Il souhaite également reconstruire une expertise technologique gouvernementale et réduire la dépendance aux fournisseurs étrangers pour l’hébergement de données sensibles.

La candidature d’Anne Nguyen dans Prévost illustre cette orientation. Spécialiste de l’intelligence artificielle, elle défend une accélération de l’adoption d’une IA responsable et un renforcement de la souveraineté du Québec en matière de données, d’infrastructures et de choix technologiques. Dans son cas, cette souveraineté numérique est directement associée au projet politique indépendantiste du parti.

Il serait toutefois excessif d’affirmer que le PQ va nécessairement plus loin que la CAQ sur l’ensemble de la souveraineté numérique. Le gouvernement caquiste a déjà adopté une politique détaillée et commencé sa mise en œuvre. La distinction actuelle tient davantage à l’approche proposée. La CAQ la traite principalement comme une question de gestion de l’État, de sécurité des données et d’autonomie technologique, alors que le PQ souhaite également lui donner une dimension législative et nationale.

Chez les libéraux, le programme de Charles Milliard aborde explicitement l’intelligence artificielle et la transformation numérique. Le PLQ propose de doter le Québec d’un cadre éthique clair pour l’utilisation de l’IA dans les institutions publiques et les entreprises. Il veut accompagner cette transformation d’une stratégie de formation, de transition et de requalification de la main-d’œuvre.

L’approche libérale met donc autant l’accent sur les conséquences économiques et humaines de l’adoption de l’IA que sur la technologie elle-même. Le PLQ propose également de rétablir le financement des Centres collégiaux de transfert technologique et du Conseil de l’innovation afin de renforcer les liens entre la recherche et les PME.

Le Parti conservateur du Québec aborde pour sa part la transformation numérique principalement sous l’angle de l’efficacité de l’État et de la réduction des dépenses publiques. Éric Duhaime propose une accélération majeure de la numérisation gouvernementale en s’appuyant sur l’intelligence artificielle et sur les recommandations de la Commission Gallant.

Le PCQ estime que cette modernisation pourrait générer 3,5 milliards de dollars d’économies sur cinq ans. Cette somme fait partie d’un plan beaucoup plus vaste dans lequel le parti affirme pouvoir réduire les dépenses publiques de 47 milliards de dollars sur la même période.

Et ce que ses engagements publics permettent d’affirmer pour le moment, c’est que la proposition technologique mise de l’avant dans le cadre de son programme économique est surtout centrée sur la numérisation de l’administration, l’utilisation de l’IA et les gains de productivité qui pourraient en découler.

Québec solidaire aborde davantage le numérique à travers les droits des citoyens, la sécurité des données et les conséquences sociales des technologies.

En mars, Ruba Ghazal a annoncé qu’un gouvernement solidaire créerait un service de première ligne consacré à la cyberviolence. Ce guichet pourrait recevoir les signalements de victimes, intervenir auprès des auteurs des comportements visés et accompagner les personnes touchées. QS souhaite également créer un nouveau recours juridique permettant à un juge d’ordonner rapidement la fin de certains comportements en ligne.

Le parti s’est aussi intéressé directement à la protection des renseignements personnels. En mai, Québec solidaire a demandé la suspension du déploiement du Dossier santé numérique après que des préoccupations eurent été soulevées concernant l’accès aux données médicales. QS demandait que le déploiement ne reprenne qu’après la correction des problèmes signalés et la mise en place de garanties concernant la protection des renseignements personnels.

L’intelligence artificielle est également devenue un enjeu dans la façon même dont les partis mènent leur campagne. Le 24 août, la CAQ, le Parti libéral, le Parti québécois et Québec solidaire ont adhéré au Code de bonne conduite sur l’usage responsable de l’IA en politique élaboré par IVADO et le CEIMIA. Ils se sont notamment engagés à respecter des principes de transparence, d’usage responsable, de sécurité et de gouvernance et à ne pas produire ou diffuser à l’aide de l’IA des contenus trompeurs susceptibles d’induire les électeurs en erreur. Le Parti conservateur ne faisait pas partie des quatre signataires annoncés par IVADO.

Deux jours plus tard, ces mêmes quatre formations ont également répondu à une initiative de la SARTEC et de l’Union des artistes. Elles se sont engagées à privilégier la création humaine dans leur matériel électoral et à faire preuve de transparence lorsqu’elles utilisent de l’intelligence artificielle générative.

Après une première semaine de campagne, les différences commencent donc à apparaître.

La CAQ associe principalement le numérique à la modernisation de l’État, à l’utilisation de l’IA dans l’administration et à une souveraineté numérique qu’elle a déjà commencé à mettre en œuvre au gouvernement.

Le PQ veut renforcer cette souveraineté par la législation, favoriser l’expertise et les fournisseurs québécois et rattache davantage les choix technologiques à la question de l’autonomie politique du Québec.

Le PLQ insiste sur l’encadrement éthique de l’intelligence artificielle, l’innovation et l’accompagnement des travailleurs touchés par la transformation technologique.

Le PCQ présente surtout le numérique et l’IA comme des outils permettant d’améliorer la productivité de l’État et de réduire ses dépenses.

Québec solidaire met davantage l’accent sur la protection des citoyens, la cyberviolence, la confidentialité des données et les effets sociaux du numérique.

Dans les engagements et plateformes publics que j’ai pu vérifier en date du 3 septembre, aucune des cinq formations ne présente toutefois encore un plan couvrant simultanément l’intelligence artificielle, la cybersécurité, les infrastructures numériques, les centres de données, les plateformes étrangères, la propriété intellectuelle, la formation, les transformations du marché du travail et la protection des jeunes en ligne.

Le numérique est donc bien présent dans cette campagne de 2026. Mais pour l’instant, il apparaît davantage comme une série d’enjeux répartis dans plusieurs politiques qu’en tant que grand thème électoral autonome. Avec encore plus d’un mois avant le scrutin du 5 octobre, les partis ont amplement le temps de préciser leurs intentions.

Petit rappel, la campagne a officiellement débuté le 27 août et mènera au scrutin du 5 octobre.

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