Thaïlande : 49 chantiers de centres de données suspendus face aux pressions sur l’eau et l’électricité

La Thaïlande impose un coup de frein temporaire à l’expansion rapide de ses centres de données. Le gouvernement a ordonné la suspension d’environ 49 projets actuellement en construction et mis en attente les décisions concernant plus de 117 autres projets qui cherchent encore à obtenir les autorisations nécessaires. Les autorités se donnent un mois pour établir de nouvelles règles nationales encadrant une industrie dont les besoins croissants en électricité et en eau commencent à susciter des inquiétudes.

La décision a été prise hier lors de la première réunion du comité national responsable de la politique des centres de données. Elle ne constitue pas un moratoire permanent. Le ministre thaïlandais des Finances, Ekniti Nitithanprapas, affirme que Bangkok ne cherche pas à fermer la porte aux investissements étrangers, mais plutôt à remplacer le système actuel, fragmenté entre plusieurs ministères et organismes, par une stratégie nationale coordonnée.

Les données compilées auprès de 16 organismes publics permettent aussi de mieux mesurer l’ampleur du phénomène. Les autorités recensent actuellement 35 projets ou entreprises de centres de données déjà en activité, dont seulement 11 sont supervisés dans le cadre du processus de promotion des investissements du Thailand Board of Investment, le BOI. À cela s’ajoutent les quelque 49 projets en construction et plus de 117 projets toujours en attente de permis ou d’examen.

Cette croissance pose notamment un problème de ressources. Les nouvelles normes devront tenir compte de la disponibilité de l’électricité et de l’eau, de l’efficacité énergétique, des technologies de refroidissement, du recyclage de l’eau, de l’emplacement des installations et de leurs impacts sur les communautés. Les autorités veulent également que les tarifs d’électricité et d’eau reflètent davantage les coûts directs et indirects imposés par ces installations aux infrastructures publiques.

Le BOI avait déjà commencé à resserrer les règles avant cette suspension. En août, l’organisme indiquait que 42 projets de centres de données approuvés entre 2024 et 2026 représentaient environ 750 milliards de bahts d’investissements, soit 31,55 milliards de dollars canadiens et 19,62 milliards d’euros, pour une charge informatique combinée de 3 400 MW. Le gouvernement veut éviter que l’expansion de cette capacité oblige le réseau électrique à réaliser des investissements dont une partie du coût serait éventuellement transférée aux autres consommateurs.

Une catégorie tarifaire particulière pour les centres de données a d’ailleurs été approuvée en principe. Elle prévoit un prix de l’électricité supérieur à celui payé par certaines autres catégories de clients afin de mieux refléter le coût de l’approvisionnement et de l’expansion du réseau. Les grands projets pourraient également devoir fournir des garanties financières lorsqu’ils réservent d’importantes capacités électriques.

Les inquiétudes ne sont pas uniquement théoriques. Quelques jours avant la décision nationale, les autorités de Bangkok avaient déjà suspendu trois projets de grands centres de données autonomes afin qu’ils soient réévalués selon de nouvelles normes touchant notamment la sécurité, l’utilisation du sol, l’électricité, l’eau et le stockage du carburant destiné aux génératrices d’urgence. Six demandes de ce type avaient été déposées dans la capitale depuis 2021-2022, trois avaient déjà obtenu une autorisation.

Le dossier a aussi révélé une importante lacune réglementaire. Faute de catégorie juridique suffisamment précise, certains projets de centres de données pouvaient jusqu’ici être enregistrés sous d’autres classifications, notamment comme des entrepôts. Le gouvernement veut maintenant créer une catégorie commerciale spécifique afin de mieux identifier les installations, suivre leur développement et leur imposer des exigences adaptées à leurs activités.

La Thaïlande ne renonce toutefois pas à son ambition de devenir un important centre numérique en Asie du Sud-Est. Amazon Web Services et Google ont déjà développé des infrastructures et ouvert des régions infonuagiques dans le pays. Pour Bangkok, les centres de données restent essentiels au développement du nuage, de l’intelligence artificielle et de l’économie numérique.

Ce qui change, c’est la façon dont les nouveaux projets seront évalués. Le gouvernement veut désormais mesurer non seulement l’investissement annoncé, mais aussi les emplois spécialisés créés, la formation de travailleurs thaïlandais, les transferts technologiques, l’utilisation d’énergie propre et les bénéfices réels pour l’économie locale. Pour certains futurs projets, les autorités envisagent même un processus concurrentiel de présentation des propositions afin que les investisseurs démontrent ce qu’ils apporteront concrètement au pays.

La décision thaïlandaise illustre ainsi le nouveau défi posé par l’essor des infrastructures d’IA. Attirer les milliards consacrés aux centres de données demeure une priorité économique, mais les gouvernements doivent désormais déterminer combien d’électricité, d’eau et d’espace ils sont prêts à consacrer à cette industrie, et surtout à quelles conditions.

Sources : bloomberg nation thailand, bangkok biz news, the standard

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Un commentaire

  1. Un excellent texte et voilà un grande bataille avenir avec l’au potable et les coûts d’électricité. Merci beaucoup et bonne soirée

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