
Depuis mon premier bilan publié le 3 septembre, plusieurs engagements numériques ont été précisés dans la campagne électorale québécoise. Une nouvelle vérification permet aussi de compléter le portrait du Parti québécois, dont le « Projet national » contient un programme numérique beaucoup plus développé que ce que ses premières annonces de campagne avaient mis en évidence.
Ce programme se trouve dans le « Projet national » du PQ, un document officiel de 90 pages publié dans sa version actuelle en mai 2026. Deux sections portent directement sur l’intelligence artificielle et la souveraineté numérique. Le PQ propose un cadre réglementaire applicable au développement et à l’utilisation de l’IA dans les secteurs public et privé, sans freiner l’innovation. Il prévoit aussi un programme de subventions pour favoriser l’adoption de l’IA par les entreprises québécoises, l’intégration de solutions développées au Québec dans les services publics ainsi qu’un accompagnement des travailleurs touchés par les transformations du marché de l’emploi.
Le parti veut également inscrire le principe de souveraineté numérique dans la législation québécoise. Il propose des réseaux Internet rapides et sécurisés sur l’ensemble du territoire, des centres de données locaux et souverains, l’hébergement prioritaire des données au Québec et une utilisation accrue des logiciels libres dans l’administration publique.
Sur le plan de la sécurité, le PQ créerait une agence appelée Cyberdéfense Québec pour protéger les infrastructures critiques et lutter contre les cybermenaces. Il augmenterait aussi les ressources de la Commission d’accès à l’information afin de renforcer la protection des renseignements personnels.
Le programme comprend également la poursuite du déploiement d’une identité numérique unique et sécurisée, la création d’un organisme public chargé de réglementer les plateformes numériques, un plan national de littératie numérique ainsi qu’une stratégie de sobriété destinée à réduire l’empreinte environnementale des infrastructures et de l’intelligence artificielle.
Le PQ propose enfin de renforcer la lutte contre la désinformation, de défendre les intérêts culturels québécois face aux grandes entreprises technologiques et de participer à l’élaboration de normes internationales sur l’IA, la cybersécurité et les données.
Il faut toutefois apporter deux nuances. Ce « Projet national » constitue le programme politique officiel du parti, mais il n’est pas accompagné d’un cadre financier détaillé ou d’un échéancier pour la majorité de ses engagements numériques. De plus, plusieurs propositions concernant les infrastructures, la diplomatie numérique et la réglementation des plateformes sont explicitement présentées dans le contexte d’un Québec indépendant.
Parmi les cinq principales formations, le PQ possède déjà l’éventail le plus large de propositions numériques, même si plusieurs restent à chiffrer et à traduire en mécanismes d’application précis.
Et le 6 septembre, Paul St-Pierre Plamondon a ajouté un engagement concernant la découvrabilité culturelle. Le chef péquiste promet de promouvoir davantage le contenu québécois auprès de Netflix, Amazon et des autres grandes plateformes, et de tenter de les convaincre d’accroître la visibilité des productions québécoises et de financer davantage de séries originales réalisées au Québec.
Le PQ voudrait inciter Netflix, Spotify et les autres services concernés à offrir « autour de 30 % » de contenu francophone. Paul St-Pierre Plamondon s’est également engagé à participer aux négociations avec les plateformes américaines.
Il ne s’agit pas, pour le moment, d’un quota assorti d’un mécanisme d’application. Le communiqué officiel du PQ ne mentionne pas le seuil de 30 %, et aucun calendrier, budget ou mode de calcul n’a été présenté. Il serait donc inexact d’affirmer que le PQ promet déjà de forcer les plateformes à respecter une obligation précise.
La Loi sur la découvrabilité des contenus culturels francophones dans l’environnement numérique, sanctionnée le 12 décembre 2025, donne cependant au gouvernement du Québec le pouvoir de fixer par règlement une quantité ou une proportion de contenu francophone devant être offerte par les plateformes numériques. La loi elle-même ne fixe aucune cible de 30 %. La proposition du PQ pourrait donc éventuellement être mise en œuvre par règlement, mais le parti n’a pas encore précisé s’il utiliserait ce mécanisme ni comment il définirait le contenu admissible.
Le Parti conservateur du Québec a, de son côté, présenté le 5 septembre une plateforme numérique beaucoup plus détaillée que les engagements généraux connus au moment de mon premier bilan.
Le PCQ veut amorcer un processus visant à rendre accessibles en ligne presque tous les services gouvernementaux. Son plan comprend un projet pilote d’assistant utilisant l’intelligence artificielle, inspiré du système Bürokratt de l’Estonie. Le parti promet une gouvernance éthique, une protection rigoureuse des données et une supervision humaine obligatoire pour les décisions à fort impact.
La formation propose aussi de créer un statut d’expert numérique stratégique dans la fonction publique, avec une rémunération concurrentielle et des primes de rendement. Elle souhaite réorienter certains employés vers des fonctions technologiques, réduire le recours aux consultants, favoriser les logiciels libres et faciliter l’accès des PME québécoises aux contrats gouvernementaux.
Le PCQ prévoit également des zones d’expérimentation réglementaire permettant de tester les technologies avant leur déploiement, des tableaux de bord publics présentant les coûts et les échéanciers ainsi qu’un partage plus sécuritaire des données entre les ministères.
Le parti promet de réduire de 30 % le nombre d’exigences réglementaires en quatre ans. Il veut notamment assouplir la Loi 25 pour les petites entreprises en introduisant une approche fondée sur le niveau de risque, des modèles simplifiés, des analyses d’impact allégées et des amendes qu’il juge plus proportionnées.
Le PCQ estime que cette transformation produirait 3,45 milliards de dollars d’économies administratives sur cinq ans, coûts d’implantation compris. Le calendrier prévoit aucune économie en 2026-2027, puis 400 millions en 2027-2028, 850 millions en 2028-2029, un milliard en 2029-2030 et 1,2 milliard en 2030-2031.
Le document indique que l’estimation repose sur des comparaisons internationales, sur une évaluation des coûts administratifs québécois et sur l’automatisation de tâches répétitives. Une première année servirait notamment à inventorier les systèmes existants et à cartographier les 20 à 30 processus les plus coûteux.
Ces économies demeurent une projection du parti. Le document technique ne fournit pas d’évaluation indépendante confirmant que les résultats obtenus dans d’autres pays peuvent être reproduits au Québec à cette échelle.
Le PCQ adopte par ailleurs deux positions distinctes sur l’encadrement de l’IA. Pour les systèmes utilisés par l’État, il promet une gouvernance éthique, des essais préalables et une supervision humaine. Sur le plan plus général, Éric Duhaime a indiqué ne pas vouloir légiférer pour encadrer l’ensemble du déploiement de l’IA, préférant observer les effets de cette technologie avant d’imposer ce qu’il considère comme une possible surréglementation.
Le Parti libéral du Québec a également apporté de nouvelles précisions. Dans une entrevue accordée à Pivot, Alain Chandonnet, candidat libéral dans La Peltrie, a affirmé qu’un gouvernement du PLQ nommerait un ministre responsable de l’intelligence artificielle et établirait une gestion centralisée, accompagnée d’un cadre législatif et de politiques d’utilisation.
Le PLQ procéderait par projets pilotes avant de déployer largement l’IA dans la fonction publique. Le candidat libéral a aussi affirmé qu’un humain devrait demeurer derrière toute décision gouvernementale ou commerciale concernant directement un citoyen. L’IA servirait à soutenir les employés de l’État, et non à remplacer les fonctionnaires.
Le parti prévoit également investir dans la formation continue et la requalification des travailleurs dont les emplois seraient transformés. En éducation, il considère que l’IA pourrait soutenir les enseignants et agir comme outil complémentaire, notamment auprès des élèves ayant des besoins particuliers.
Ces éléments précisent la position libérale, mais ils proviennent d’une entrevue avec un candidat parlant au nom du parti. Aucun document officiel chiffré ou calendrier législatif accompagnant ces engagements n’était disponible dans les sources consultées.
Québec solidaire a pour sa part indiqué à Pivot qu’il ouvrirait un chantier réglementaire sur l’intelligence artificielle. Le cadre envisagé reposerait sur la transparence, la transition socioécologique, la protection de la culture québécoise, la vie privée, la propriété intellectuelle et les droits d’auteur.
QS souhaite aussi interdire au gouvernement québécois de financer des produits culturels générés par IA. Dans la fonction publique et le réseau de la santé, le parti demande une grande prudence afin que les gains d’efficacité ne soient pas réalisés au détriment des renseignements personnels, de la qualité des services ou de leur caractère humain.
En éducation, Québec solidaire privilégie le soutien aux établissements, la formation aux nouvelles technologies et le développement de l’esprit critique. Aucun budget ni échéancier réglementaire n’a encore été associé à ces propositions.
Du côté de la CAQ, aucune nouvelle plateforme numérique comparable à celles du PQ ou du PCQ n’a été publiée entre le 3 et le 8 septembre dans les sources que j’ai pu vérifier. Un incident rapporté le 5 septembre a néanmoins illustré les risques de désinformation et de sécurité associés aux images générées par IA.
Le Bureau d’enquête du Journal de Montréal rapporte que la Sûreté du Québec a averti l’équipe de la première ministre Christine Fréchette après la diffusion de fausses images sur Facebook. Un homme de 56 ans affirmait être le chauffeur d’Olivier Primeau pendant sa tournée en appui à la CAQ et publiait des images le montrant avec l’influenceur et avec la première ministre.
Selon les informations rapportées, les policiers l’ont rencontré le 27 août. Il leur aurait déclaré avoir produit les images avec l’intelligence artificielle, n’avoir rencontré ni Olivier Primeau ni Christine Fréchette et avoir fait cela pour s’amuser.
Cet événement constitue un incident de désinformation et de sécurité rapporté par un média. Il ne représente ni une promesse électorale, ni une orientation de la CAQ, ni une mesure gouvernementale.
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