Google revoit ses résultats en Europe

Google apporte l’un des changements les plus importants de son histoire à son moteur de recherche en Europe. À compter d’aujourd’hui, l’entreprise modifie la façon dont certains résultats liés aux hôtels, aux vols, aux restaurants et au commerce sont présentés afin de se conformer au Digital Markets Act, le DMA, la réglementation européenne destinée à limiter le pouvoir des grandes plateformes numériques.

Ces modifications arrivent après une décision de la Commission européenne rendue le 23 juillet. Bruxelles a conclu que Google accordait un traitement préférentiel à ses propres services dans les résultats de recherche, notamment pour le magasinage, les hôtels, le transport et le sport. Cette pratique contrevient au DMA, qui exige des grandes plateformes désignées comme « contrôleurs d’accès » qu’elles appliquent des conditions de classement équitables et non discriminatoires.

Pour cette infraction concernant Google Search, la Commission a imposé une amende de 460 millions d’euros, soit environ 739 millions de dollars canadiens. Une deuxième amende de 430 millions d’euros a été imposée séparément pour les pratiques de Google Play. Au total, les deux sanctions atteignent 890 millions d’euros, environ 1,43 milliard de dollars canadiens.

Concrètement, Google va désormais accorder davantage de place aux services de recherche spécialisés, notamment les comparateurs de prix et les plateformes comme Expedia ou Booking.com. Dans certaines recherches, un de ces services pourra apparaître dans une position particulièrement visible au haut de la page, suivi de deux autres proposant moins d’information.

Plus bas, les utilisateurs continueront de voir des hôtels, des compagnies aériennes ou des restaurants, mais certains renseignements qui étaient auparavant affichés directement dans Google seront retirés. Reuters cite notamment les prix en temps réel parmi les fonctionnalités qui disparaîtront de certains modules. Les utilisateurs devront donc parfois ouvrir un autre site ou effectuer une nouvelle recherche pour obtenir l’information qu’ils trouvaient auparavant directement dans Google.

Google ne cache pas son opposition à ces changements. Nick Fox, vice-président principal responsable de Knowledge & Information chez Google, affirme qu’ils vont détériorer l’expérience des Européens, favoriser les intermédiaires au détriment des entreprises locales et éliminer certaines fonctions pratiques utilisées quotidiennement. Un responsable de Google a même présenté la réforme à Reuters comme la plus importante réduction de qualité du service de recherche dans les 29 années d’existence du moteur. Il s’agit toutefois de l’évaluation de Google, et non d’une conclusion indépendante.

L’entreprise affirme également que les précédentes modifications apportées pour respecter le DMA ont provoqué une baisse de 30 % du trafic de réservation gratuit et direct envoyé vers certaines entreprises européennes. Google dit avoir testé ses nouvelles interfaces auprès de millions d’utilisateurs et observé un niveau élevé d’insatisfaction, notamment parce que certaines personnes doivent reformuler leurs recherches. Là encore, ces données sont fournies par Google. Reuters ne rapporte pas de vérification indépendante de ces chiffres.

La Commission européenne défend une lecture différente. Pour Bruxelles, le problème est précisément que Google peut utiliser la puissance de son moteur de recherche pour donner davantage de visibilité à ses propres services qu’à ceux de ses concurrents. Le DMA interdit cette « auto-préférence » et exige notamment que les services concurrents puissent être classés selon des conditions transparentes, équitables et non discriminatoires.

Le bras de fer dépasse d’ailleurs la simple présentation des résultats. Google doit aussi partager certaines données anonymisées provenant de son moteur avec des moteurs de recherche concurrents selon des conditions équitables. La Commission européenne a adopté en juillet 2026 des règles précisant comment ce partage doit fonctionner, y compris pour certains robots conversationnels offrant des fonctions de recherche. Bruxelles rappelle que Google Search détient depuis des décennies une part de marché supérieure à 90 % en Europe.

Google se retrouve donc devant un choix délicat. L’entreprise doit modifier un produit qu’elle estime avoir optimisé pour offrir directement les réponses les plus utiles, tandis que les autorités européennes considèrent que cette intégration peut aussi empêcher les concurrents d’obtenir une visibilité équitable.

Pour les internautes européens, les prochaines semaines permettront surtout de constater les conséquences concrètes du DMA. Certaines recherches devraient offrir davantage de choix entre services concurrents, mais elles pourraient également nécessiter davantage de clics pour accéder à des renseignements que Google affichait auparavant directement dans sa page de résultats.

Ce changement ne concerne pour l’instant que l’Union européenne. Google affirme que les utilisateurs situés à l’extérieur de l’UE ne seront pas touchés par cette nouvelle présentation.

Sources : Reuters, Google

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