
Reuters et CuttingRoom viennent de franchir une nouvelle étape dans l’automatisation des salles de nouvelles. Leur nouvelle intégration permet à un journaliste de rechercher des images, construire un montage, mixer le son, ajouter des sous-titres et préparer différentes versions d’un reportage simplement en décrivant ce qu’il souhaite en langage naturel.
L’intégration relie directement le serveur MCP de Reuters à ShortCut, l’assistant d’intelligence artificielle de la plateforme de montage vidéo CuttingRoom. Selon l’annonce, un journaliste peut par exemple demander des images de Reuters concernant un événement, une région, un sujet ou une langue, puis les intégrer automatiquement à son projet vidéo.
L’idée est de remplacer une partie des manipulations techniques traditionnelles par une conversation avec l’assistant. Une fois les images repérées, ShortCut peut prendre en charge plusieurs étapes du montage : sélection et découpage des plans, mixage audio, correction des couleurs, création de sous-titres et ajout de traitements graphiques.
Le système peut également reformater un même montage pour différents modes de diffusion. Reuters mentionne notamment les formats verticaux, carrés et ceux destinés aux bulletins de nouvelles. CuttingRoom permet de son côté de produire plusieurs ratios d’image à partir d’une même ligne de montage.
Autrement dit, un reportage préparé pour la télévision peut être adapté plus rapidement pour un site Web, Instagram, TikTok ou d’autres plateformes sociales sans devoir reconstruire manuellement chaque version. Tout se fait dans le navigateur. CuttingRoom est une plateforme infonuagique qui ne nécessite pas l’installation d’un logiciel de montage local.
L’intégration ne se limite pas au catalogue de Reuters. Les images appartenant à une salle de nouvelles peuvent apparaître dans la même ligne de montage que le contenu provenant de l’agence. C’est là que le serveur MCP de Reuters devient particulièrement important.
Lancé en juillet 2026, ce serveur utilisant le Model Context Protocol permet à des agents d’intelligence artificielle autorisés de rechercher, récupérer et télécharger automatiquement le contenu Reuters auquel un client est abonné. L’objectif est d’éviter qu’un journaliste doive chercher manuellement ses images dans une banque de contenu, les télécharger, puis les importer dans son logiciel de montage. Avec CuttingRoom, cette mécanique est maintenant directement intégrée au processus de production vidéo.
Reuters et CuttingRoom insistent également sur un élément sensible : le contrôle éditorial. Chaque client configure lui-même son intégration et peut rédiger en langage naturel les règles que ShortCut doit respecter. Selon Reuters, les médias conservent aussi le contrôle de leurs données et leur matériel demeure dans leur propre infrastructure.
Cette distinction est importante. L’assistant peut effectuer une partie du travail technique et proposer un montage, mais Reuters ne présente pas ShortCut comme un système destiné à remplacer la responsabilité éditoriale du journaliste.
Reuters impose d’ailleurs à ses propres journalistes des règles strictes concernant l’intelligence artificielle. L’agence affirme que l’utilisation de l’IA ne change pas la responsabilité humaine concernant ce qui est publié et interdit notamment l’utilisation d’IA générative pour créer ou modifier la réalité présentée dans ses images journalistiques.
Cette annonce est surtout intéressante parce qu’elle montre jusqu’où l’automatisation générative est rendue dans la production médiatique. Jusqu’à récemment, l’IA était surtout utilisée dans les salles de nouvelles pour transcrire des entrevues, traduire du contenu, produire des résumés ou faciliter la recherche. Reuters propose déjà, par exemple, des transcriptions horodatées et de la détection de scènes pour accélérer la recherche dans les vidéos.
Avec ShortCut, l’automatisation atteint maintenant pratiquement toute la chaîne de postproduction vidéo : recherche des images, sélection des plans, montage, son, couleur, sous-titrage, habillage et adaptation aux différents écrans.
Le changement est important pour les salles de nouvelles qui doivent aujourd’hui produire simultanément pour la télévision, le Web et plusieurs réseaux sociaux. Le journaliste ne manipule plus nécessairement chaque élément d’une ligne de montage. Il peut décrire le résultat recherché et laisser le logiciel effectuer une première partie du travail.
Il reste néanmoins plusieurs questions auxquelles l’annonce ne répond pas. Reuters et CuttingRoom ne publient pas de données permettant de mesurer le temps réellement économisé, la fiabilité des montages produits automatiquement ou la fréquence à laquelle une intervention humaine demeure nécessaire.
Mais la direction est désormais beaucoup plus claire : après avoir automatisé la recherche, la transcription et la traduction, l’intelligence artificielle commence à prendre en charge le montage lui-même. Et dans une salle de nouvelles, cela pourrait transformer autant le métier de monteur que celui du journaliste vidéo.
Source : Reuters
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