Mila et Mozilla veulent rendre l’IA ouverte accessible aux entreprises

Mila et Mozilla veulent faciliter l’utilisation de modèles d’intelligence artificielle ouverts par les entreprises qui ne disposent ni des équipes techniques ni des moyens financiers des grands groupes technologiques. Les deux organisations ont annoncé à Montréal hier, dans le cadre de l’événement ALL IN, une initiative destinée à créer une couche technologique ouverte permettant aux organisations d’installer, d’exploiter et de contrôler elles-mêmes leurs systèmes d’IA.

Le projet bénéficie d’un investissement initial de 5 millions de dollars de Mozilla. L’entreprise montréalaise Hypertec ajoutera 1 million de dollars au cours de la première année afin de soutenir les premiers déploiements canadiens sur ses infrastructures. Mila dirigera le développement technique et la coordination, tandis que Mozilla apportera son expertise en logiciels et infrastructures ouvertes.

Le gouvernement du Canada appuie également le projet. Son communiqué publié à l’occasion de ALL IN décrit l’initiative comme un consortium canadien d’IA ouverte destiné notamment à rendre les technologies d’IA avancées plus abordables pour les petites et moyennes entreprises. Cependant, aucun financement fédéral particulier pour ce projet n’est annoncé dans les documents officiels consultés.

L’idée n’est pas de créer un nouveau concurrent direct à ChatGPT ou Claude. Mila et Mozilla veulent plutôt développer l’infrastructure permettant d’utiliser plus facilement les modèles ouverts qui existent déjà.

Aujourd’hui, une organisation peut télécharger un modèle ouvert, mais le transformer en système fiable capable de fonctionner avec ses propres documents, ses règles de sécurité et ses mécanismes de contrôle demeure une opération complexe. Il faut installer le modèle, gérer les données, connecter différentes applications, administrer les droits d’accès et maintenir l’ensemble de l’infrastructure.

C’est précisément cette couche intermédiaire que le projet veut simplifier.

Mila et Mozilla prévoient développer un standard ouvert composé d’interfaces communes entre les différentes parties d’un système d’IA ainsi qu’une « implémentation de référence » que les organisations pourront installer sur leurs propres ordinateurs ou infrastructures infonuagiques.

Une entreprise pourrait ainsi choisir son modèle d’IA, son matériel informatique et ses systèmes de stockage tout en conservant ses données dans son propre environnement.

Pour une PME, l’exemple donné par les partenaires est celui d’un assistant interne capable de consulter les manuels de l’entreprise, ses procédures et ses anciens projets pour répondre aux employés, rédiger des documents ou aider les programmeurs, sans nécessairement transmettre ces informations à un service d’IA externe.

Cette approche pourrait aussi modifier l’équation économique de l’IA générative. Les entreprises qui utilisent les services commerciaux d’OpenAI, Anthropic ou d’autres fournisseurs paient généralement en fonction de leur consommation. Un modèle ouvert exploité localement nécessite plutôt un investissement initial en infrastructure et en expertise, mais peut devenir intéressant lorsque son utilisation est importante ou lorsque la confidentialité des données est prioritaire.

Il serait toutefois prématuré d’affirmer que cette solution sera systématiquement moins coûteuse. Le matériel, l’électricité, l’administration des serveurs et la maintenance des modèles représentent aussi des dépenses importantes. Mila et Mozilla veulent précisément réduire une partie de cette complexité.

Les premiers résultats devraient arriver rapidement. Les deux organisations indiquent qu’elles comptent publier dans les six prochains mois des implémentations de référence fonctionnelles destinées aux entreprises, aux gouvernements et aux organismes d’intérêt public. Leur objectif à deux ans est beaucoup plus ambitieux: rendre le déploiement de systèmes d’IA ouverts suffisamment simple pour qu’il puisse devenir une véritable alternative aux plateformes propriétaires.

Le projet s’appuie sur un partenariat annoncé en mars entre Mila et Mozilla. Les deux organisations avaient alors indiqué vouloir travailler sur l’IA ouverte et l’IA souveraine, notamment sur des technologies permettant aux utilisateurs de mieux contrôler les informations conservées par les agents d’intelligence artificielle. Il s’agissait du premier partenariat de Mozilla avec un grand institut de recherche en IA.

L’initiative arrive également à un moment où l’utilisation des modèles ouverts gagne du terrain. Cohere, l’entreprise canadienne spécialisée en IA destinée aux entreprises, propose par exemple Command A+, un modèle disponible sous licence Apache 2.0 qui peut être téléchargé et exploité sur les infrastructures d’une organisation. Cohere présente Command A+ comme son modèle ouvert le plus puissant destiné aux agents d’entreprise.

Pour Mila et Mozilla, l’enjeu touche donc autant la souveraineté numérique que la technologie.

La prochaine étape sera maintenant de démontrer que cette vision peut dépasser le laboratoire. Pour les PME et les organisations publiques, l’intérêt d’une IA ouverte dépendra moins de la possibilité théorique de télécharger un modèle que de la facilité avec laquelle celui-ci pourra réellement être installé, sécurisé, maintenu et utilisé au quotidien. Et c’est exactement le problème que Mila et Mozilla disent vouloir résoudre.

Sources : Mila, Mozilla, Canada

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