
À quelques jours des élections provinciales du 5 octobre, Hackfest propose un outil pour comparer les engagements numériques des partis politiques québécois. Le site examine leurs promesses en matière de cybersécurité, de protection des renseignements personnels, d’intelligence artificielle, de souveraineté numérique et de gestion des grands projets technologiques.
La principale conclusion est sévère : aucun parti ne présente un véritable plan de cybersécurité gouvernementale. Les engagements portent surtout sur la modernisation de l’État, la localisation des données, l’expertise interne ou la réduction du recours aux consultants. Des éléments importants, mais qui ne remplacent pas une stratégie détaillée de prévention, de détection et de réponse aux cyberattaques.
Le Parti québécois est le seul à proposer la création d’un organisme spécialisé, Cyberdéfense Québec, chargé notamment de protéger les infrastructures critiques. Hackfest note toutefois que le parti ne précise ni le budget, ni l’échéancier, ni la répartition des responsabilités avec le ministère de la Cybersécurité et du Numérique et le Centre québécois de cybersécurité.
La Coalition avenir Québec est la seule formation à consacrer un montant précis à la lutte contre la cybercriminalité. Elle propose 14 millions de dollars sur quatre ans pour créer deux pôles policiers d’expertise technologique à Montréal et à Québec. Cela représente environ 3,5 millions de dollars par année pour l’ensemble du Québec, une somme que l’analyse juge limitée au regard des besoins.
Le Parti libéral du Québec présente les mesures les plus concrètes pour améliorer la gouvernance des projets informatiques. Il souhaite renforcer l’autorité du ministère de la Cybersécurité et du Numérique, rendre publics certains avis concernant les projets de plus de 25 millions de dollars et réduire la dépendance envers un fournisseur unique. Ces engagements ne comprennent toutefois pas d’exigences précises concernant le chiffrement, les tests de sécurité ou la protection des renseignements personnels.
Le Parti conservateur du Québec offre la plateforme numérique la plus détaillée. Il propose notamment des tableaux de bord publics, des projets pilotes avant les grands déploiements et un statut mieux rémunéré pour les experts numériques de l’État. Il souhaite également assouplir certaines obligations de la Loi 25 pour les petites entreprises, notamment en matière d’analyses d’impact et de sanctions.
Québec solidaire propose pour sa part d’encadrer l’intelligence artificielle selon des principes de transparence, de respect de la vie privée et de protection du droit d’auteur. Le parti veut également que les renseignements personnels des Québécois soient protégés et stockés au Québec. Aucun budget, organisme responsable ou calendrier d’application n’est cependant précisé.
Le Parti vert du Québec retient particulièrement l’attention avec sa proposition de vote par anticipation sur Internet. Hackfest classe cette mesure comme un risque critique. Le site rappelle que le vote électronique à distance demeure exposé aux logiciels malveillants, aux problèmes d’authentification et aux attaques par déni de service.
Pour réaliser son évaluation, Hackfest a comparé les engagements aux cadres du National Institute of Standards and Technology sur la cybersécurité, la vie privée et les risques liés à l’intelligence artificielle. Ces cadres servent à mesurer la couverture des principaux risques, mais ne constituent pas une certification de sécurité ni un classement officiel des partis.
L’audit relève plusieurs angles morts communs : aucune obligation claire de signaler les incidents, aucune exigence de chiffrement, peu de mesures concernant la sécurité des fournisseurs et aucune stratégie détaillée de rétablissement après une cyberattaque. Les partis parlent beaucoup de souveraineté numérique, mais beaucoup moins des mécanismes concrets nécessaires pour protéger les systèmes de l’État.
Source : Hackfest
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