
ChatGPT ne se contente pas toujours d’imiter le style graphique des caricatures du New Yorker. Dans certains cas, le générateur d’images d’OpenAI ajoute aux dessins qu’il crée la signature de véritables caricaturistes du magazine, donnant ainsi l’impression que ceux-ci en sont les auteurs. Une enquête publiée le 5 octobre par Andrew Deck, du Nieman Journalism Lab, affirme avoir recensé plus de 15 artistes dont le nom ou la signature ont été reproduits de cette façon, sans leur permission.
Le phénomène a notamment touché Brendan Loper, caricaturiste du New Yorker. Un dessin généré par ChatGPT et devenu viral à la fin du mois d’août portait son pseudonyme « BLOPER », alors qu’il n’avait rien à voir avec sa création. Des internautes l’ont ensuite contacté pour lui demander s’il en était l’auteur. Loper avait déjà découvert plusieurs cas similaires depuis le printemps. Pour lui, le problème dépasse l’imitation d’un style graphique : sa signature constitue une forme de certificat d’authenticité associé directement à son travail et à son identité professionnelle.
D’autres collaborateurs du New Yorker ont connu la même expérience, notamment Emily Flake, Joe Dator, Pat Byrnes, Harry Bliss, Peter Vey et Jason Adam Katzenstein. Andrew Deck dit avoir lui-même obtenu des dessins portant les signatures de George Booth, Liza Donnelly, Ellis Rosen et Saul Steinberg. Emily Flake estime que les illustrations produites par l’IA ressemblent davantage à un mélange de plusieurs styles qu’à ses propres dessins, mais que sa signature, elle, est clairement reconnaissable. Elle compare la situation à quelqu’un qui lui attribuerait une citation qu’elle n’aurait jamais prononcée.
OpenAI reconnaît un comportement non souhaité de son système. L’entreprise affirme vouloir construire des outils qui soutiennent la créativité humaine et dit apprécier que les utilisateurs lui signalent ce type de problème afin de pouvoir le corriger. Après avoir été informé par Nieman Lab, ChatGPT a commencé dans certains cas à refuser les demandes de caricatures explicitement formulées dans le style du New Yorker en invoquant ses règles sur la similarité avec le contenu de tiers. Selon les tests effectués au moment de la publication de l’enquête, le système continuait toutefois à produire occasionnellement des caricatures génériques portant le nom de véritables artistes.
L’affaire soulève également une question particulière concernant la relation entre OpenAI et Condé Nast, propriétaire du New Yorker. Les deux entreprises ont conclu en août 2024 un partenariat pluriannuel permettant notamment à OpenAI d’afficher du contenu provenant de plusieurs publications de Condé Nast dans ses produits. OpenAI présentait alors cette entente comme un moyen d’intégrer davantage de journalisme à ChatGPT et à son système de recherche. Condé Nast expliquait pour sa part vouloir obtenir une attribution et une rémunération appropriées pour sa propriété intellectuelle.
Selon Nieman Lab, un porte-parole du New Yorker affirme cependant que Condé Nast n’a jamais accordé à un développeur de grands modèles de langage l’autorisation d’utiliser ses caricatures pour entraîner ses modèles. Les contrats examinés par le média indiqueraient également que les caricaturistes indépendants conservent leurs droits d’auteur sur leurs œuvres. OpenAI n’a pas expliqué à Nieman Lab comment les signatures de ces artistes avaient pu se retrouver dans les données ayant servi à développer ses systèmes. Il demeure donc impossible d’établir précisément leur provenance.
La distinction entre imiter un style et reproduire une signature pourrait devenir importante sur le plan juridique. James Grimmelmann, professeur spécialisé en droit du numérique à l’Université Cornell, explique que la signature constitue un indice d’authenticité, mais que les recours fondés sur le droit d’auteur sont complexes lorsque l’IA ne reproduit pas directement une œuvre précise. D’autres recours, notamment liés au droit à l’image ou à l’utilisation commerciale de l’identité d’une personne, pourraient éventuellement être envisagés selon les circonstances. Pendant ce temps, les tribunaux américains commencent seulement à établir les limites juridiques de l’entraînement des modèles d’IA. En juillet 2026, un juge fédéral a notamment approuvé le règlement de 1,5 milliard de dollars conclu entre Anthropic et des auteurs dont des livres piratés avaient été utilisés dans le développement de Claude.
Source : niemanlab
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Un excellent texte et je me sent impuissant car il veulent tout faire à ma place. Merci beaucoup et bonne soirée