Claude permet désormais aux employeurs d’analyser les conversations de leurs employés avec l’IA

Anthropic vient de lancer une nouvelle fonction de Claude qui risque de soulever des questions sur la surveillance des employés en entreprise. Baptisée « Smart Reports », ou rapports intelligents, elle permet aux gestionnaires d’analyser les conversations de leurs équipes avec l’intelligence artificielle, de mesurer leur utilisation du service et même de repérer les échanges considérés comme personnels ou sans rapport avec le travail.

Annoncée hier, cette nouveauté est désormais accessible aux entreprises abonnées à Claude Enterprise. Elle permet aux administrateurs de sélectionner une équipe, une période pouvant couvrir les 28 derniers jours et les outils à examiner, notamment Claude, Claude Code et Claude Cowork. L’intelligence artificielle analyse ensuite un échantillon des conversations pour produire un portrait des activités réalisées.

Les rapports présentent des graphiques interactifs détaillant les types de tâches effectuées, les documents produits, les projets de programmation et les coûts associés à l’utilisation de Claude. Les gestionnaires peuvent consulter les différentes catégories, examiner les résumés de certaines sessions et poser leurs propres questions sur les habitudes d’utilisation du service.

Mais c’est surtout une fonction baptisée « Inefficiencies », ou inefficacités, qui attire l’attention. Claude peut identifier les conversations qui n’ont produit aucun résultat exploitable, mais également celles qui sont considérées comme personnelles ou hors sujet. Les entreprises peuvent ainsi connaître le nombre de ces échanges et les dépenses qu’ils représentent. Anthropic précise toutefois que les conversations personnelles ne sont présentées que sous forme de statistiques regroupées, sans résumé individuel.

La question de l’identification des employés mérite également qu’on s’y attarde. Par défaut, les rapports masquent le nom des utilisateurs. Cependant, les administrateurs peuvent activer une option permettant aux personnes autorisées de révéler l’identité associée à certaines sessions professionnelles. Chaque consultation de ces identités est enregistrée dans un journal, ce qui permet de conserver une trace des accès.

Anthropic assure avoir intégré plusieurs protections pour éviter les usages abusifs. Le système refuse notamment les questions portant sur l’origine ethnique, les convictions religieuses ou politiques, l’état de santé, les activités syndicales, les plaintes pour harcèlement ou encore la vie personnelle des employés. Les conversations touchant ces sujets sensibles ne peuvent pas être examinées individuellement dans les rapports.

L’entreprise insiste aussi sur la vocation de son outil. Selon Anthropic, ces rapports servent à comprendre l’adoption de Claude, à identifier les tâches qui pourraient être automatisées et à mieux planifier les investissements en intelligence artificielle. Elle précise explicitement qu’ils ne sont pas conçus pour évaluer le rendement individuel des employés ni pour prendre des décisions concernant leur emploi.

Au-delà de la surveillance, Anthropic souhaite également aider les entreprises à mieux rentabiliser leur utilisation de l’IA. Les rapports peuvent notamment identifier des problèmes techniques récurrents, suggérer des méthodes de travail à automatiser et recommander de nouvelles règles pour les projets de programmation. Dix rapports peuvent être produits chaque mois sans frais supplémentaires, selon les modalités actuellement publiées par Anthropic.

Cette nouveauté illustre néanmoins une évolution importante du rôle de l’intelligence artificielle dans les organisations. Jusqu’ici principalement utilisée comme assistant pour accomplir des tâches, elle devient également un instrument permettant aux gestionnaires d’observer comment leurs équipes travaillent avec ces outils.

Reste une question fondamentale : à partir de quel moment l’analyse de l’utilisation d’un outil professionnel devient-elle une forme de surveillance des employés ? Même si Anthropic prévoit des mécanismes de protection, la possibilité d’associer certaines activités à des personnes précises pourrait alimenter les inquiétudes concernant la confidentialité et la confiance au travail.

Sources : Anthropic, Mashable

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