Ottawa investit jusqu’à 1,6 milliard de dollars dans Cohere pour renforcer la souveraineté en IA

Le gouvernement canadien franchit une nouvelle étape dans sa stratégie de souveraineté numérique. Le premier ministre Mark Carney a annoncé, jeudi à Montréal, un investissement en capital pouvant atteindre 1,6 milliard de dollars dans Cohere, l’entreprise torontoise spécialisée en intelligence artificielle destinée aux entreprises et aux gouvernements. Cette prise de participation vise à renforcer la capacité du Canada à développer ses propres technologies d’IA, à protéger ses données sensibles et à soutenir l’expansion internationale d’un acteur canadien.

Contrairement à une subvention traditionnelle, Ottawa prendra une participation au capital de Cohere, ce qui permettra au gouvernement de bénéficier financièrement d’une éventuelle croissance de l’entreprise. L’investissement sera versé progressivement et conditionné au respect de plusieurs engagements, notamment en matière de création d’emplois et de développement d’infrastructures au Canada.

En contrepartie, Cohere s’engage à créer au moins 1 000 nouveaux emplois techniques bien rémunérés d’ici 2030 et à consacrer au minimum 1,7 milliard de dollars à de nouvelles infrastructures informatiques sur le territoire canadien. L’entreprise devra également conserver son siège social et son statut de société canadienne, développer des partenariats avec des établissements de recherche et poursuivre sa collaboration avec l’Institut canadien de la sécurité de l’IA.

Cette annonce s’inscrit dans une ronde de financement de série E visant à recueillir jusqu’à 7 milliards de dollars canadiens, avec la participation d’investisseurs privés, dont NVIDIA, Bell et le groupe allemand Schwarz. L’opération vise à donner à Cohere les moyens de développer des modèles d’intelligence artificielle plus avancés et de renforcer sa présence sur les marchés internationaux.

C’est dans les locaux de Mila, l’Institut québécois d’intelligence artificielle, à Montréal, que le premier ministre Mark Carney, le ministre Evan Solomon et le PDG de Cohere, Aidan Gomez, ont présenté cette annonce. Pour Valérie Pisano, présidente et cheffe de la direction de Mila, il s’agit d’un événement qui dépasse largement les ambitions d’une seule entreprise. Dans une publication sur LinkedIn, elle présente l’opération comme la plus importante levée de capitaux privés de l’histoire du secteur technologique canadien. Elle affirme également que Cohere devient la plus grande entreprise d’intelligence artificielle à l’extérieur des États-Unis et de la Chine.

« Ce n’est pas seulement un moment décisif pour Cohere, mais pour l’ensemble de notre écosystème », écrit Valérie Pisano. Selon elle, le Canada peut jouer un rôle déterminant dans le développement d’une intelligence artificielle plus souveraine, inclusive et responsable. Elle souligne également la contribution des membres de l’équipe de Cohere, notamment Nick Frosst, Ivan Zhang et Joelle Pineau.

L’opération prend aussi une dimension transatlantique depuis le rapprochement entre Cohere et l’entreprise allemande Aleph Alpha. Cette fusion réunit des expertises canadiennes et européennes dans le développement de modèles d’intelligence artificielle. La participation du groupe Schwarz au financement de Cohere renforce également ses liens avec l’écosystème technologique européen et pourrait faciliter son expansion auprès des entreprises et des administrations publiques du continent.

Pour Ottawa, l’enjeu dépasse le simple financement d’une entreprise technologique. Le gouvernement souhaite réduire la dépendance du pays envers les fournisseurs étrangers d’intelligence artificielle, particulièrement dans les secteurs où la confidentialité, la sécurité et le contrôle des infrastructures sont essentiels. Cohere mise précisément sur ce marché, en proposant des modèles qui peuvent être exploités dans des environnements informatiques contrôlés par ses clients.

Le premier ministre Mark Carney estime que la souveraineté numérique repose désormais sur la capacité d’un pays à développer, adopter et encadrer l’intelligence artificielle selon ses propres règles. De son côté, le ministre de l’Intelligence artificielle et de l’Innovation numérique, Evan Solomon, insiste sur la nécessité de permettre aux entreprises technologiques canadiennes de poursuivre leur croissance au pays plutôt que de devoir s’établir ailleurs pour rivaliser à l’international.

Le cofondateur et PDG de Cohere, Aidan Gomez, considère cet investissement comme un moyen d’accélérer le développement de modèles avancés, d’attirer davantage de spécialistes et de commercialiser des solutions sécurisées auprès des entreprises et des administrations publiques du monde entier.

L’annonce intervient alors que la concurrence internationale pour maîtriser les technologies d’intelligence artificielle s’intensifie. En choisissant de devenir actionnaire de Cohere, plutôt que de simplement financer des projets de recherche, le gouvernement canadien adopte une approche qui associe politique industrielle, souveraineté technologique et participation financière aux résultats d’une entreprise privée.

Reste à voir si cet investissement permettra à Cohere de s’imposer durablement face aux grands acteurs internationaux de l’IA. Les sommes annoncées, les emplois promis et les infrastructures prévues constituent pour l’instant des engagements dont la réalisation devra être mesurée d’ici 2030.

Sources : Canada, Cohere

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