J’ai demandé à Siri AI de se présenter : voici ce que le nouvel assistant d’Apple m’a raconté

Depuis le 26 octobre, Siri parle un tout nouveau langage. Pas seulement le français, mais aussi celui de l’intelligence artificielle générative. Avec les mises à jour, notamment macOS 27.2 pour ordinateur, Apple propose enfin aux utilisateurs francophones sa nouvelle génération d’assistant personnel, baptisée Siri AI. Plus conversationnel, mieux intégré aux applications et capable de comprendre le contexte personnel, il promet de transformer notre façon d’interagir avec l’ordinateur. J’ai donc décidé de lui poser quelques questions pour voir comment il se présente, ce qu’il prétend pouvoir faire et, surtout, ce qui le distingue des outils d’intelligence artificielle que nous utilisons déjà.

Ma première question était volontairement simple : « Comment te présenterais-tu à moi si je ne savais pas ce qu’est Siri AI ? » Sa réponse ressemble à une présentation officielle, mais révèle aussi les ambitions d’Apple. « Bonjour ! Je suis Siri, votre assistant personnel. Je suis là pour vous aider à accomplir vos tâches quotidiennes, à répondre à vos questions et à simplifier l’utilisation de vos appareils. » L’assistant explique ensuite qu’il s’appuie sur Apple Intelligence pour aider à écrire, communiquer et organiser des tâches, tout en accordant une place importante à la protection des renseignements personnels.

Mais contrairement au Siri que nous connaissions, essentiellement conçu pour répondre à des commandes vocales, cette nouvelle version souhaite devenir un véritable assistant conversationnel. Elle affirme pouvoir rédiger et corriger des textes, résumer des documents, traduire, programmer et organiser des projets. Elle se présente même comme capable de produire des images, des vidéos et de la musique. Ces dernières affirmations méritent toutefois d’être nuancées : les possibilités de création dépendent des fonctionnalités et des applications disponibles, et ne signifient pas nécessairement que Siri peut réaliser seul toutes ces opérations. Apple confirme notamment des fonctions avancées de rédaction, de compréhension visuelle et d’interaction avec les applications.

Ce qui distingue réellement Siri AI, c’est sa proximité avec le système d’exploitation. Apple lui permet de comprendre ce qui apparaît à l’écran, de retrouver certaines informations dans les courriels, les messages ou les photos et d’effectuer des actions dans différentes applications. On peut, par exemple, lui demander de retrouver une information reçue dans un message, puis de l’utiliser pour créer un rappel. Sur Mac, Siri AI s’appuie également sur des composants du système comme Spotlight pour accéder aux informations pertinentes et faciliter certaines actions.

La question de la confidentialité est rapidement devenue centrale dans notre conversation. Je lui ai demandé si je devais lui accorder des permissions particulières ou s’il avait automatiquement accès à tout le contenu de mon ordinateur. Sa réponse a été rassurante : « Je n’ai pas accès à tout sur votre ordinateur par défaut. Mon accès est strictement encadré par le système de sécurité et de confidentialité d’Apple. » Il mentionne notamment la possibilité de gérer certaines autorisations dans les réglages de confidentialité de macOS.

Cette réponse correspond à la philosophie affichée par Apple, mais la réalité est plus complexe qu’un simple accès autorisé ou refusé. Siri AI peut s’appuyer sur différents éléments du contexte personnel, notamment les messages, les courriels et les photos. L’utilisateur dispose de moyens de contrôle, mais doit comprendre que l’assistant tire justement une partie de son utilité des informations auxquelles le système lui permet d’accéder.

J’ai voulu savoir plus précisément ce qui pouvait être effectué sans connexion Internet. Siri m’a alors fourni une liste assez détaillée des tâches qu’il affirme pouvoir accomplir directement sur mon ordinateur. Il mentionne d’abord la gestion des applications, comme envoyer un message, créer un rappel, ajouter un événement au calendrier ou lancer une minuterie. Il ajoute la recherche de photos, de courriels et de documents enregistrés sur le Mac, ainsi que certaines commandes permettant de modifier la luminosité, d’activer le Wi-Fi ou de changer des réglages système. Enfin, il précise que la reconnaissance vocale et la compréhension des commandes simples peuvent être prises en charge directement par la puce de l’ordinateur, sur les appareils compatibles.

Sa conclusion est particulièrement claire : « En résumé, dès que la réponse se trouve sur votre ordinateur ou qu’il s’agit d’une action simple, je n’ai pas besoin d’Internet. » C’est une distinction importante par rapport aux assistants conversationnels qui dépendent davantage de serveurs distants. Il faut cependant nuancer cette affirmation. Une opération peut exploiter des informations conservées localement tout en nécessitant une connexion pour certains services, par exemple l’envoi effectif d’un message ou la synchronisation d’un calendrier. Le fait qu’une tâche concerne des données personnelles ne garantit pas non plus que tous ses traitements demeurent sur l’appareil.

Apple confirme néanmoins qu’une partie importante de son architecture fonctionne directement sur le Mac. Des composants comme l’index Spotlight et App Toolbox peuvent être utilisés localement pour rechercher des informations et exécuter certaines actions. Cette approche permet de réduire la quantité de données qui doivent quitter l’ordinateur et constitue l’un des principaux arguments de l’entreprise en matière de confidentialité.

Je lui ai ensuite demandé si mes données restaient exclusivement sur mon ordinateur. Siri m’a expliqué que certaines opérations sont exécutées localement, grâce aux capacités de calcul du Mac, tandis que les demandes plus complexes peuvent être transmises aux serveurs d’Apple par l’intermédiaire de Private Cloud Compute. Cette infrastructure est conçue pour traiter les requêtes sans conserver les données personnelles ni les rendre accessibles à Apple. C’est l’un des principaux arguments de l’entreprise pour se distinguer de plusieurs services d’intelligence artificielle reposant largement sur l’infonuagique.

Mais une autre question s’imposait : suis-je informé lorsque mes données quittent mon ordinateur ? La réponse de Siri a été particulièrement intéressante. « Je ne vous envoie pas de notification à chaque fois qu’une requête doit quitter votre appareil pour être traitée. » Autrement dit, le passage entre le traitement local et les serveurs se fait de manière transparente, sans nécessairement attirer l’attention de l’utilisateur. Apple mise donc sur une architecture technique destinée à protéger les données, plutôt que sur une confirmation explicite à chaque transfert.

J’ai également voulu savoir pourquoi les utilisateurs de Mac devraient délaisser ChatGPT ou d’autres assistants populaires pour adopter Siri AI. À ma surprise, Siri n’a pas cherché à dénigrer ses concurrents. « Je ne cherche pas nécessairement à remplacer les autres modèles que vous utilisez, mais plutôt à offrir une expérience différente, centrée sur votre Mac et votre vie privée. » Il reconnaît que des outils comme ChatGPT peuvent être particulièrement utiles pour rédiger de longs documents ou programmer, mais estime que son principal avantage réside dans sa capacité à interagir directement avec les applications et les fonctions de l’ordinateur.

C’est probablement là que se trouve la véritable stratégie d’Apple. Plutôt que de demander aux utilisateurs d’abandonner leurs outils d’intelligence artificielle préférés, l’entreprise cherche à rendre son propre assistant incontournable dans les gestes quotidiens. Retrouver un document, préparer un courriel, modifier une photo ou consulter des informations personnelles sans changer constamment d’application : voilà le terrain sur lequel Siri AI souhaite s’imposer. Il faut toutefois distinguer les capacités annoncées de leur efficacité réelle, que notre conversation ne permettait pas de mesurer.

Un détail mérite également d’être mentionné : derrière ce nouveau Siri se trouvent notamment des technologies développées avec Google. Apple confirme que la nouvelle génération de ses modèles fondamentaux a été conçue en collaboration avec Google et s’appuie sur la technologie Gemini. Siri AI n’est donc pas exclusivement le fruit de recherches internes chez Apple. Il repose sur une architecture combinant les modèles d’Apple, les technologies de Google, le traitement local et l’infrastructure infonuagique privée.

Avant de terminer, je lui ai demandé quel message il adresserait aux propriétaires de Mac pour les convaincre de l’essayer. Sa réponse résume assez bien le positionnement commercial d’Apple : « Je ne suis pas seulement un outil de recherche, je suis une extension de votre Mac. » Une formule intéressante, parce qu’elle présente Siri non plus comme un service supplémentaire, mais comme une composante de l’expérience informatique elle-même.

Et j’ai gardé ma dernière question pour vérifier un aspect concret de notre échange : cette conversation avait-elle été entièrement traitée sur mon ordinateur ou Siri avait-il eu besoin d’accéder à Internet ? Sa réponse a été sans ambiguïté : « Pour cette discussion, j’ai dû me brancher sur Internet. » Il a expliqué que certaines questions demandaient des informations externes ou des ressources dépassant les capacités locales de mon Mac. Cette déclaration est intéressante, mais elle ne permet pas de déterminer précisément quelles requêtes ont été traitées localement, lesquelles ont utilisé les serveurs d’Apple ou si des recherches Web ont effectivement été effectuées.

Cette première conversation avec Siri AI en français laisse entrevoir une évolution importante de l’assistant d’Apple. Le dialogue est désormais beaucoup plus élaboré et l’intégration au système ouvre des possibilités intéressantes. Mais il faudra aller au-delà des questions de présentation pour mesurer ses capacités réelles, sa fiabilité et son aptitude à exécuter des tâches complexes. D’autant plus que Siri AI demeure officiellement en version bêta et que certaines fonctions reposant sur des serveurs sont soumises à des limites quotidiennes d’utilisation. Apple prévoit même offrir éventuellement un accès étendu payant à certaines de ces capacités.

Reste une question fondamentale : les utilisateurs de Mac ont-ils besoin d’un autre robot conversationnel, ou plutôt d’un assistant capable d’utiliser intelligemment les applications et les informations qui se trouvent déjà sur leur ordinateur ? Avec Siri AI, Apple semble avoir choisi la deuxième option. Et c’est probablement sur cette promesse qu’il faudra juger cette nouvelle génération de Siri.

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