
Alors que Tinder, Bumble et autres géants du rencontre numérique voient leur base d’utilisateurs s’éroder, une nouvelle génération de plateformes tente de redonner un second souffle aux rencontres en ligne. C’est le pari de Sitch, une jeune pousse new-yorkaise qui mise sur l’intelligence artificielle non pas pour remplacer l’humain, mais pour remettre un peu de sens — et de chaleur — dans l’expérience de rencontre.
Fondée par Nandini Mullaji et Chad DePue, Sitch vient de lever 2 millions $US en financement préamorçage, un tour mené par l’accélérateur A16z Speedrun, avec la participation d’investisseurs comme Jeremy Liew, le tout premier à avoir cru en Snapchat.
L’application, lancée fin 2024 à New York, ne propose pas de défilement infini ni de messagerie impersonnelle. Ici, les utilisateurs remplissent un long questionnaire sur leurs valeurs et préférences, et reçoivent chaque semaine entre trois et huit « setups » — des suggestions de personnes jugées compatibles — en fonction du forfait choisi (90 $ à 160 $). Et si l’on se fait ghoster après une mise en relation ? Sitch rembourse.
Mais la véritable innovation vient de l’usage de l’IA. L’assistant conversationnel de Sitch, basé sur la technologie d’OpenAI, a été entraîné à partir de centaines de mises en relation faites par Mullaji, également entremetteuse à temps partiel. Objectif : démocratiser l’expérience du matchmaking haut de gamme, traditionnellement coûteuse, et la rendre accessible au plus grand nombre.
Consciente que l’IA peut rebuter ou paraître froide, Sitch ajoute une touche vocale. Grâce à la technologie d’ElevenLabs, l’application clone la voix de Mullaji pour accompagner les utilisateurs dès leur première interaction. On ne tape plus : on parle à l’app, comme on discuterait avec une vraie personne. Ce système vocal s’étendra aussi aux utilisateurs actifs, qui pourront bientôt donner leur avis oralement sur les matchs reçus.
Derrière ce choix, un constat partagé dans toute l’industrie : les jeunes utilisateurs ne se sentent plus connectés aux apps. Swiper sans fin, entamer dix conversations sans suite, répondre à des messages automatisés… pour beaucoup, l’expérience manque cruellement d’authenticité. En intégrant la voix, Sitch espère réinjecter un peu de chaleur dans une interface trop souvent perçue comme désincarnée.
L’arrivée de l’IA dans le monde des applications de rencontres représente une avancée technologique majeure. Elle permet une personnalisation plus fine des profils, une analyse plus poussée des compatibilités et une automatisation de l’accompagnement utilisateur, rendant l’expérience théoriquement plus fluide et pertinente. Elle peut aussi aider à lever certaines barrières sociales, en coachant les plus timides ou en proposant des formulations adaptées pour démarrer ou relancer une conversation.
En contrepartie, cette sophistication algorithmique complexifie l’expérience. L’utilisateur doit désormais apprendre à interagir avec des agents conversationnels, décoder des propositions issues de systèmes opaques, et parfois même se demander si la personne en face est bien humaine. Ce brouillage des repères ajoute une couche d’incertitude émotionnelle et cognitive, dans un contexte déjà chargé d’attentes. Et si les profils finissent par tous se ressembler à force d’être « optimisés », c’est l’authenticité qui risque encore une fois de s’effacer.
Sitch n’est pas seule sur ce créneau. Des apps comme Blush, Rizz, YourMove.AI ou Teaser AI misent aussi sur l’IA pour réinventer le dating : certaines entraînent les utilisateurs à mieux répondre, d’autres proposent même des partenaires fictifs pour s’exercer avant de se lancer « pour de vrai ».
Mais l’enthousiasme pour l’IA ne fait pas l’unanimité. Des critiques émergent, notamment sur le risque d’uniformisation des profils, la dépendance aux scripts générés, ou encore l’effacement progressif de la spontanéité. Les géants comme Tinder testent eux aussi des fonctionnalités d’IA, mais sans résoudre le problème de fond : le manque de connexion humaine réelle.
Sitch prévoit de s’implanter à San Francisco et Los Angeles dès mai, puis à Chicago et Washington D.C., selon la demande. Un système de liste d’attente est en place : la plateforme n’ouvre une ville que si elle atteint un « seuil critique » d’environ 2 000 utilisateurs.
Sitch propose une alternative à la fatigue générée par les modèles freemium des applications classiques. Mais surtout, elle illustre un virage plus large : celui d’un retour à une technologie plus discrète, plus contextuelle, qui accompagne sans remplacer le lien humain.
La vraie question est peut-être là : l’IA peut-elle nous aider à mieux nous rencontrer ou risque-t-elle, au contraire, de nous en éloigner encore plus ?
Source : Business Insider, GDI, CNN, YahooTech
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