
Dans un procès inédit aux États-Unis, un homme tué lors d’un cas de rage au volant en 2021 s’est « adressé » au juge et à son meurtrier… grâce à une recréation par intelligence artificielle. Une première qui soulève autant d’émotion que de questions éthiques.
Le 2 mai dernier, le tribunal de Maricopa County, en Arizona, a condamné Gabriel Paul Horcasitas à la peine maximale de 10 ans et demi de prison pour l’homicide involontaire de Christopher Pelkey, 37 ans. Mais c’est surtout l’intervention du défunt qui a marqué les esprits : ses proches ont diffusé une vidéo où Pelkey, recréé numériquement, lit un message de pardon adressé à son meurtrier.
L’initiative vient de sa sœur, Stacey Wales, et de son conjoint, tous deux spécialistes en intelligence artificielle. Après deux ans à chercher les mots justes pour une déclaration d’impact à la cour, ils ont estimé que seul Christopher pouvait véritablement « dire » ce qu’il aurait voulu exprimer.
Dans la vidéo, son clone numérique affirme : « C’est dommage que nous nous soyons croisés ce jour-là. Dans une autre vie, nous aurions peut-être été amis. Je crois au pardon. » Un message saisissant qui a visiblement influencé le juge Todd Lang, bien qu’il ait tout de même imposé la peine la plus lourde.
Du côté de la défense, l’avocat de Horcasitas dénonce une présentation « inflammatoire » et compte s’en servir comme base pour faire appel, estimant que cette intervention fictive pourrait avoir biaisé la sentence.
L’affaire divise. Pour certains, comme le professeur de droit Gary Marchant, expert en éthique technologique, cette démarche frôle la manipulation. « C’est totalement faux, ce n’est pas vrai », souligne-t-il, tout en reconnaissant que les proches du défunt sont probablement les mieux placés pour imaginer ses paroles.
Reste que cette utilisation de l’IA dans un contexte judiciaire ouvre une brèche. Si les photos et vidéos sont déjà fréquentes dans les procès, voir et entendre un mort « témoigner » marque un tournant technologique et moral. L’intelligence artificielle, outil de mémoire ou d’influence ? La justice américaine pourrait bien devoir trancher.
Source : NBCNews
++
Tous les jours de la semaine, du lundi au vendredi, Bruno Guglielminetti vous propose un regard sur l’essentiel de l’actualité numérique avec 120 secondes de tech
En savoir plus sur Mon Carnet
Subscribe to get the latest posts sent to your email.


Si ce n’était pas venu de vous, je ne l’aurais pas cru. (Vous êtes ma première lecture)