
Même si le jugement final n’est pas encore tombé, le procès antitrust contre Google agit déjà comme un catalyseur de changement dans le paysage de la recherche en ligne. De nouveaux acteurs gagnent du terrain, des partenariats se nouent, et des géants comme Apple réévaluent leur stratégie. Une dynamique qui rappelle l’impact du procès contre Microsoft il y a 20 ans.
Le procès intenté par le ministère américain de la Justice vise à prouver que Google a illégalement monopolisé le marché de la recherche. Après une première phase qui a établi la domination du moteur de recherche grâce à des accords exclusifs, notamment avec Apple, la deuxième phase s’est concentrée sur les remèdes possibles. Parmi les propositions : démanteler certaines divisions de Google, comme le navigateur Chrome, ou forcer des changements structurels pour rétablir la concurrence.
Le témoignage marquant d’Eddy Cue, le grand négociateur d’Apple, a fait bondir les observateurs. Il a révélé qu’Apple avait choisi ChatGPT d’OpenAI pour sa future fonction de recherche alimentée par l’IA, au détriment du modèle Gemini de Google. Apple envisage même de repenser Safari pour intégrer des moteurs de recherche conversationnels, une rupture nette avec son partenariat historique avec Google.
Ces révélations soulignent un changement d’ère : la recherche en ligne n’est plus seulement une affaire de listes de liens. Désormais, des robots conversationnels comme Claude d’Anthropic ou Perplexity proposent des réponses immédiates, redéfinissant la manière dont les internautes accèdent à l’information. Et ce sont justement ces entreprises émergentes qui affirment que le procès contre Google a ouvert des portes jusque-là fermées.
Dmitry Shevelenko, responsable des affaires chez Perplexity, a déclaré que le partenariat récent de sa firme avec Motorola n’aurait jamais été possible sans la pression judiciaire sur Google. En coulisses, les fabricants de téléphones et les navigateurs accepteraient désormais des discussions qu’ils évitaient auparavant, de peur de compromettre leurs relations avec le géant californien.
Le procès a également mis en lumière la frilosité d’innovation d’un acteur dominant. Google a découvert dès 2017 les bases des modèles de langage comme ceux derrière ChatGPT, mais aurait freiné leur intégration dans la recherche, craignant de cannibaliser ses revenus publicitaires. Des notes internes révèlent d’ailleurs que les dirigeants de Google s’inquiètent désormais de l’impact de Gemini sur le trafic publicitaire traditionnel.
Malgré cela, Google affirme que la transition vers l’IA ne remet pas en cause sa domination actuelle. Selon l’entreprise, seuls des usages très spécifiques, comme les devoirs scolaires ou le codage, migrent vers l’IA. Elle soutient par ailleurs qu’elle attendait le bon moment pour lancer ses innovations, par souci de responsabilité.
Quelle que soit l’issue juridique, le marché lui, a déjà changé. De nouvelles alliances émergent, l’innovation est relancée, et la promesse d’un secteur plus ouvert redevient crédible. Comme l’a résumé le professeur Tim Wu, ex-conseiller de la Maison-Blanche en concurrence : « Le procès est le remède ». Et dans le cas de Google, il agit plus vite que prévu.
Source : Bloomberg
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