
Alors que le prix du bitcoin atteint des sommets et que les fortunes numériques s’accumulent, une autre réalité bien plus sombre prend de l’ampleur : les violences ciblées contre les détenteurs de cryptomonnaies. De Paris à Houston, les témoignages de tentatives d’enlèvement, de menaces physiques, et même de mutilations se multiplient. Un phénomène désormais baptisé « wrench attacks », où l’arme n’est plus une ligne de code, mais une clef anglaise… ou une machette.
La scène survenue à Paris cette semaine en dit long. Une jeune femme de 34 ans, fille du fondateur de la plateforme Paymium, a été prise pour cible en pleine rue, en compagnie de son enfant. Trois hommes masqués ont tenté de l’enlever sous la menace, avant d’être mis en fuite par la résistance du mari et l’intervention de voisins. La tentative, digne d’un film d’action, a été filmée et diffusée, renforçant le sentiment d’insécurité au sein de la communauté crypto.
Ces attaques s’inscrivent dans une série de violences documentées aux quatre coins du monde. À Houston, une influenceuse crypto a vu son domicile pris d’assaut. En Estonie, un milliardaire australien n’a dû sa survie qu’à un combat à mains nues contre de faux ouvriers. À Paris, l’enlèvement de David Balland, cofondateur de Ledger, s’est soldé par l’amputation d’un doigt et une rançon de trois millions d’euros, dont une grande partie a pu être récupérée, grâce au gel d’actifs en cryptomonnaie.
Le mobile ? La rançon, versée dans des cryptomonnaies traçables mais difficiles à saisir si elles changent vite de mains. Et surtout, la certitude que les cibles sont riches. Un piratage chez Coinbase a récemment exposé les informations personnelles de près de 100 000 clients, avec adresses et montants détenus. Idem pour Ledger, dont la base de données marketing a été diffusée sur des forums criminels.
Ces affaires posent des questions brûlantes : la crypto rend-elle riche… ou vulnérable ? Les cybercriminels se transforment en kidnappeurs, utilisant les réseaux sociaux, les données publiques, voire les fuites de fichiers, pour identifier, localiser et traquer leurs proies.
En France, les autorités réagissent. Le ministre de l’Intérieur Bruno Retailleau a rencontré les acteurs du secteur vendredi pour proposer des mesures de sécurité renforcées. Mais certains dénoncent déjà l’inefficacité du système. « On assiste à une mexicanisation de la situation », a écrit Éric Larchevêque, autre cofondateur de Ledger, sur X. Des propos alarmants, mais révélateurs d’un climat de peur croissant chez les entrepreneurs du secteur.
Face à ces menaces, les mesures de cybersécurité ne suffisent plus. La discrétion devient une stratégie vitale. De nombreux acteurs limitent leur présence en ligne, effacent leurs traces administratives, et investissent dans la sécurité physique de leur domicile. Un retour brutal à une forme de clandestinité pour ceux qui ont misé sur un avenir numérique décentralisé… mais pas déshumanisé.
Source : WSJ, Cryptoslate, Reuters
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