Recrutement : quand l’entrevue d’embauche vire au sketch tech

De plus en plus de chercheurs d’emploi doivent désormais passer leurs premières entrevues non pas avec des humains, mais avec des robots conversationnels. Une tendance qui se généralise, au risque de déshumaniser le processus de recrutement et de laisser les candidats perplexes, frustrés… ou carrément inquiets.

C’est ce qu’a vécu Tyler Jensen, vidéaste new-yorkais de 40 ans. Lorsqu’il a reçu un message d’une certaine “Robyn Recruiter” pour une entrevue téléphonique, il pensait avoir affaire à une recruteuse en télétravail. Mais à l’autre bout du fil, c’est une voix artificielle, faussement enjouée, qui l’a accueilli. “C’était comme parler à un robot façon Moviefone. J’ai su tout de suite que c’était de l’IA”, raconte-t-il.

Le cas de Jensen n’est pas isolé. Des vidéos virales sur TikTok montrent des candidats confrontés à des robots glitchés qui bafouillent ou répètent en boucle des phrases incohérentes. Une étudiante de l’Ohio a même eu droit à une IA nommée “Alex” qui répétait sans fin le mot “Pilates”. Un autre, en habit-cravate, s’est vu poser une question qui tournait à vide : “Tell me about a time when—when—let’s circle back. Tell me about a time when—when…”

Ces entrevues automatisées sont censées faciliter le tri des candidatures. Des entreprises comme Apriora vendent leur technologie comme un moyen d’élargir le bassin de candidats tout en réduisant les coûts. Mais pour les personnes interrogées, c’est surtout un sentiment d’absurdité et de désengagement qui domine. “C’était impersonnel, désincarné, comme si je jouais une scène devant un miroir”, confie Mayfield Phillips, gestionnaire de projets TI à New York.

L’ironie, c’est que de plus en plus de candidats eux-mêmes utilisent l’IA pour rédiger leur CV, préparer leurs réponses ou simuler des entrevues. Une guerre de robots, en quelque sorte. Mais certains experts rappellent que l’IA ne peut pas détecter ce qu’un bon recruteur humain sait reconnaître : la passion, l’authenticité, l’adaptabilité.

Et même si l’IA promet d’accélérer le recrutement, elle pourrait bien ralentir la relation humaine au cœur de toute collaboration professionnelle. Comme le résume Jensen, amer : “Deux semaines plus tard, j’ai reçu un courriel de refus. Signé par personne.”

Source : Slate

+++

Tous les jours de la semaine, du lundi au vendredi, Bruno Guglielminetti vous propose un regard sur l’essentiel de l’actualité numérique avec 120 secondes de tech


En savoir plus sur Mon Carnet

Subscribe to get the latest posts sent to your email.

Laisser un commentaire