VivaTech – Evan Solomon : « L’IA souveraine est essentielle à l’avenir du Canada »

Screenshot

PARIS – En marge de VivaTech 2025 à Paris, le ministre canadien de l’Intelligence artificielle, Evan Solomon, a pris la parole lors d’une mêlée de presse pour exposer les grandes priorités du Canada en matière de souveraineté numérique, d’investissements stratégiques dans l’IA et de l’équilibre à trouver entre innovation et réglementation.

Solomon a mis en avant l’importance du concept d’« IA souveraine », en expliquant que toute nation souhaitant préserver son autonomie stratégique doit impérativement contrôler ses données. « Si vous ne possédez pas vos données, d’autres le feront. C’est la base même de votre valeur économique », a-t-il expliqué, appelant à renforcer les infrastructures infonuagiques sécurisées et à favoriser des centres de données localisés. Un message en écho aux préoccupations partagées par plusieurs pays, dont la France.

Le ministre a également dressé un portrait lucide de l’écosystème canadien de l’IA : solide sur le plan de la recherche, grâce à des institutions reconnues comme MILA, Vector et AIME, mais plus fragile lorsqu’il s’agit de commercialisation et d’adoption par les petites et moyennes entreprises. « Notre prochain défi, c’est la mise en marché et l’adoption à grande échelle », a-t-il souligné.

Solomon a aussi insisté sur le rôle clé de l’approvisionnement public comme levier de transformation. Selon lui, les gouvernements doivent donner l’exemple en adoptant les solutions développées localement. « C’est en les validant à l’interne que nous aidons nos entreprises à croître à l’externe », a-t-il affirmé.

Dans un échange plus personnel, il a évoqué l’énergie palpable dans les allées de VivaTech : « On sent ici la même effervescence qu’aux débuts d’Internet. Cette dynamique est un signal très clair de l’économie de demain. » Une invitation à ne pas rester à l’écart.

Il a aussi souligné que le Canada ne pourra pas réglementer l’IA de façon isolée. « Ce n’est pas en solo qu’on va encadrer l’IA mondiale. Il faut des garde-fous, oui, mais surtout de la coopération », a-t-il ajouté, en saluant les idées novatrices de chercheurs comme Yoshua Bengio.

Interrogé sur les liens entre IA et défense nationale, Solomon a confirmé que l’objectif du Canada d’atteindre 2 % de son PIB en dépenses militaires, tel qu’exigé par l’OTAN, inclura des investissements importants en technologie. « L’IA est désormais un pilier de notre sécurité. Nous devons investir dans nos talents, nos entreprises, nos centres de données sécurisés », a-t-il précisé.

Concernant la réglementation, le ministre a reconnu la complexité de la tâche. Il a insisté sur la nécessité de protéger la vie privée tout en évitant d’entraver l’innovation. « Personne n’a encore trouvé l’équilibre parfait. Mais ne rien faire serait pire », a-t-il déclaré, en évoquant l’idée d’une IA capable d’auto-régulation comme piste prometteuse mais encore expérimentale.

Enfin, à propos des investissements récents annoncés en Europe par des entreprises canadiennes comme Hypertec, Solomon a tenu à clarifier : « Ils investissent aussi au Canada. Le fait qu’ils rayonnent à l’international est une preuve de succès, pas une source d’inquiétude. »

À ma question sur ce qu’il dirait à une entreprise canadienne hésitant à adopter l’IA, Evan Solomon a répondu sans détour : « C’est un peu comme demander à un Canadien s’il veut mettre un manteau en hiver. Si vous ne le faites pas, vous allez geler. » Pour lui, l’IA n’est pas une option, mais un outil désormais essentiel à la croissance et à la productivité des entreprises.

+++

Tous les jours de la semaine, du lundi au vendredi, Bruno Guglielminetti vous propose un regard sur l’essentiel de l’actualité numérique avec 120 secondes de tech.


En savoir plus sur Mon Carnet

Subscribe to get the latest posts sent to your email.

Laisser un commentaire