
Le Canada est depuis longtemps un chef de file reconnu en intelligence artificielle. Mais selon une étude mondiale récente, ce leadership est menacé, non par manque d’innovation, mais par une crise de confiance et un déficit marqué en matière de formation. Réalisée par KPMG International et l’Université de Melbourne, le sondage 2025 dresse un portrait préoccupant : le Canada se situe parmi les pays les moins bien formés en IA, et la population manifeste une méfiance grandissante à l’égard de ces technologies.
Parmi les 47 pays évalués, le Canada figure au troisième rang des plus faibles en termes de confiance envers l’IA et de niveau de formation. Seulement 24 % des Canadiens affirment avoir reçu une formation en IA, contre 52 % en moyenne dans le monde. De plus, près de 8 Canadiens sur 10 se disent inquiets des effets de l’IA sur leur quotidien, principalement en raison des risques liés à la cybersécurité, la désinformation ou encore la perte de contact humain.
Cette réserve ne signifie pas un rejet pur et simple de l’IA. Au contraire, 60 % des Canadiens reconnaissent les avantages concrets de cette technologie, que ce soit dans leur vie personnelle ou professionnelle. Ce paradoxe d’espoir et de crainte souligne l’importance d’un accompagnement fort : des règles claires, une formation accessible et des balises éthiques bien définies.
L’étude révèle aussi une responsabilité partagée : le gouvernement, le secteur privé et les institutions académiques doivent œuvrer ensemble pour établir une gouvernance transparente. Alors que 92 % des Canadiens ne connaissent aucune loi régissant l’IA au pays, une grande majorité souhaite une réglementation intelligente, harmonisée à l’échelle internationale.

Sur le terrain, les entreprises aussi sont appelées à jouer un rôle clé. La moitié des Canadiens utiliseraient l’IA au travail sans supervision claire, ce qui entraîne des erreurs, des mauvaises pratiques ou de la dépendance technologique. Pourtant, l’adoption est déjà bien amorcée : 61 % l’emploient intentionnellement dans leurs tâches, et près de 45 % constatent des gains de productivité, de qualité ou d’innovation.
Pour transformer ces débuts prometteurs en succès durable, les organisations doivent investir dans la formation, la mise à jour des compétences et la création d’une culture de l’expérimentation. Cela suppose des politiques internes claires, des initiatives d’éducation continue et un dialogue constant avec les employés.
Les acteurs du secteur de l’éducation ont également un rôle crucial à jouer. Intégrer des notions d’IA dès le secondaire et dans les formations collégiales ou universitaires permettrait de créer une génération mieux préparée aux défis du numérique. Une littératie technologique renforcée est la clé pour combler le fossé entre l’innovation et l’adoption concrète.
Par ailleurs, un dialogue citoyen est nécessaire pour démystifier l’IA et mieux faire comprendre ses limites et ses possibilités. Organiser des consultations publiques, des ateliers participatifs ou des campagnes de sensibilisation permettrait non seulement d’informer, mais aussi de réduire la polarisation des opinions et de nourrir une adhésion collective à une vision éthique et inclusive de l’IA.
Le défi est grand, mais les outils sont à notre portée. En écoutant les attentes des citoyens et en agissant avec transparence et rigueur, le Canada peut restaurer la confiance, combler son retard de formation, et réaffirmer son rôle de pionnier dans l’IA à l’échelle mondiale.

Source : KPMG
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Ne trouvez-vous pas étrange que les pays généralement reconnus comme ayant les niveaux de scolarisation les plus élevés et les plus avancés technologiquement se trouvent au plus bas dans la liste. N’y a-t-il pas lieu de douter de la méthodologie ou des réponses compilées par l’étude?