LeddarTech : la faillite d’un fleuron technologique québécois

Le parcours de LeddarTech s’est brutalement interrompu le 18 juin 2025, avec le dépôt officiel de sa faillite en vertu de la Loi sur la faillite et l’insolvabilité du Canada. Spécialisée dans les logiciels de perception pour la conduite autonome et les systèmes d’aide à la conduite (ADAS), l’entreprise de Québec n’a pas réussi à trouver de repreneur ni à lever les fonds nécessaires à sa survie. Elle a licencié 95 % de ses employés, mis fin à ses opérations et vu ses titres être radiés du Nasdaq.

Fondée en 2007 à Québec, LeddarTech se voulait à la fine pointe de l’innovation, héritière du savoir-faire de l’Institut national d’optique. Après avoir levé plus de 200 millions $US auprès d’investisseurs de renom, dont Mitsubishi Motors et LG Electronics, l’entreprise avait misé sur une stratégie 100 % logicielle dès 2022, abandonnant le développement de capteurs LIDAR. Elle visait des revenus annuels dépassant 500 millions $US d’ici 2025 — des projections aujourd’hui qualifiées d’irréalistes par ses propres dirigeants.

Le revers est d’autant plus cinglant que les créanciers majeurs de LeddarTech sont, en grande partie, des institutions publiques québécoises. Investissement Québec arrive en tête, avec 53,2 millions $ en créances garanties. Desjardins, prêteur relais, suit avec 40,3 millions $, et la Banque de développement du Canada est aussi touchée à hauteur de 4,15 millions $. Au total, l’entreprise affiche un passif de 145,9 millions $, contre à peine 1,8 million $ en actifs.

La chute de LeddarTech n’a pas seulement affecté les investisseurs institutionnels : elle a aussi laissé des dizaines d’employés sur le carreau, sans indemnités complètes. Selon les documents déposés par le syndic, l’entreprise n’a pas versé l’équivalent de 477 000 $ en salaires et vacances accumulées. Après avoir annoncé des licenciements massifs à la fin mai, la direction avait brièvement évoqué un rappel au travail, avant de se raviser quelques jours plus tard. Ce cafouillage de fin de parcours illustre le manque de visibilité qui régnait à l’interne.

Autre point marquant : l’entrée en Bourse de LeddarTech, en décembre 2023, n’aura été qu’un court répit. Introduite au Nasdaq via une fusion avec la société d’acquisition Prospector Capital, l’action a rapidement dégringolé, perdant 88 % de sa valeur avant d’être retirée du marché. Cette débâcle boursière vient clore une séquence où les ambitions d’envergure mondiale n’ont pas su résister aux réalités du marché, malgré un portefeuille de plus de 190 brevets.

Au-delà de l’échec commercial, c’est un symbole qui s’effondre : celui d’un espoir technologique soutenu à bout de bras par le gouvernement du Québec. Depuis 2019, le gouvernement québécois de la CAQ avait versé au moins 65 millions $ en soutien direct à LeddarTech, dont un prêt sans intérêt de près de 20 millions $. Même en 2024, alors que l’entreprise montrait déjà des signes graves de déclin, Québec avait continué d’injecter des fonds.

La direction, désormais dissoute, avait reconnu dès juin 2025 que les discussions avec un important partenaire commercial étaient rompues. À ce moment, LeddarTech ne comptait qu’un seul contrat confirmé, dont l’implantation réelle dans un véhicule ne devait survenir qu’en 2028. Le deuxième trimestre fiscal s’était conclu sur des revenus de seulement 200 000 $US, contre une perte nette de 16 millions $US.

C’est désormais Raymond Chabot Inc. qui supervise les procédures d’insolvabilité. La firme a déjà averti les actionnaires qu’ils ne devraient s’attendre à aucune récupération de valeur. LeddarTech, un temps porte-étendard québécois de l’intelligence artificielle appliquée à la mobilité, quitte la scène sans perspective de retour, laissant derrière elle des ambitions brisées et des comptes à rendre.

Source : Leddartech

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