
Le nouveau diagnostic sectoriel de TechnoCompétences arrive à point nommé pour mesurer les secousses d’un secteur longtemps en pleine effervescence. Si la dernière édition couvrait une ère de forte croissance, marquée par des embauches massives et une ruée vers la transformation numérique accélérée par la pandémie, l’édition 2025-2028 sonne davantage l’heure de la consolidation et des remises en question.
Le constat le plus frappant : le nombre de professionnels en TIC a chuté de 13 % depuis le sommet atteint en 2022. Une baisse qui survient paradoxalement alors que le PIB du secteur continue de croître. Ce décalage souligne une mutation en profondeur : la croissance ne repose plus sur la seule expansion de la main-d’œuvre, mais sur une réorganisation des compétences et des méthodes, notamment sous l’effet de l’adoption rapide de l’intelligence artificielle.
Le rapport note que 58 % des organisations utilisent déjà des systèmes d’IA, non seulement comme outils techniques, mais aussi comme moteurs de transformation organisationnelle. Ce phénomène contribue à une redéfinition du marché du travail dans les TIC, où les profils hybrides, mêlant expertise technique et compréhension des enjeux d’affaires, sont de plus en plus recherchés.
Les données confirment également une forte concentration géographique des emplois TIC : plus de la moitié des professionnels sont établis à Montréal et en Montérégie, tandis que des régions comme la Côte-Nord ou le Nord-du-Québec demeurent presque absentes de l’écosystème. Ce déséquilibre régional soulève la question de l’accès équitable aux opportunités numériques et des stratégies à déployer pour mieux répartir l’expertise sur le territoire.
Sur le plan de la diversité, l’enjeu demeure préoccupant. En 2024, les femmes ne représentent encore que 25 % de la main-d’œuvre TIC, une proportion en légère hausse, mais qui reste nettement inférieure à la moyenne de tous les secteurs. Le rapport suggère que la solution ne réside pas uniquement dans les pratiques de recrutement, mais aussi dans une refonte de l’offre de formation, afin d’attirer plus de jeunes femmes vers les filières technologiques dès le secondaire et le cégep.
Par ailleurs, le diagnostic identifie un virage dans les besoins exprimés par les employeurs : au-delà du savoir-faire technique, les compétences en gestion, communication, sécurité et adaptation au changement prennent de l’importance. Dans un secteur en perpétuelle évolution, la capacité à apprendre, à collaborer et à innover collectivement devient un critère central d’employabilité.
Autre tendance structurelle : la pénurie de main-d’œuvre, qui dominait les préoccupations en 2021, cède désormais la place aux défis liés à la gestion de la performance, à la fidélisation des talents et à la formation continue. En clair, il ne s’agit plus seulement d’attirer des travailleurs, mais de mieux les intégrer, les accompagner et les faire évoluer.
Le rapport met également en lumière un recul relatif de la place des femmes dans le secteur. Bien que leur nombre ait augmenté, leur proportion diminue, révélant une croissance masculine plus forte. Pour TechnoCompétences, le véritable défi se situe en amont, dans l’attractivité des filières d’études en TIC auprès des femmes.
Enfin, le rapport souligne l’urgence d’une action collective pour accompagner ces transformations. TechnoCompétences propose une série de recommandations concrètes pour soutenir l’adaptation des entreprises, tant sur le plan technologique qu’humain. Car, comme le rappelle sa directrice générale, Cassie L. Rhéaume, l’avenir du numérique au Québec ne se joue pas seulement sur le terrain de l’innovation technologique, mais aussi sur celui de l’équité, de l’inclusion et du développement durable des compétences.
Source : TechnoCompetences
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