
Alors que la France prépare l’extinction progressive des réseaux 2G et 3G entre 2026 et 2028, des industriels tirent la sonnette d’alarme. Alarmes d’ascenseurs, dispositifs médicaux, compteurs intelligents, terminaux de paiement : des millions d’appareils reposent encore sur ces anciennes générations de téléphonie mobile, et le calendrier inquiète. Selon une étude PwC, 7,8 millions d’objets étaient encore connectés à ces réseaux début 2024, et près d’un tiers risqueraient de ne pas être remplacés à temps.
Les opérateurs, eux, justifient la fermeture par la nécessité de réallouer les fréquences à la 4G et à la 5G, plus rapides et plus sécurisées. La Fédération française des télécoms insiste sur le caractère vulnérable de la 2G face aux risques de piratage, tandis que l’Arcep souligne que la migration aurait un impact environnemental positif dès les premiers mois. Mais pour les entreprises, le surcoût est estimé à 685 millions d’euros, sans compter la complexité logistique d’un remplacement massif.
Au Canada, la transition est déjà bien avancée. La 2G a disparu depuis plusieurs années chez les grands opérateurs (Rogers, Bell, Telus, Vidéotron), et la fermeture de la 3G est en voie de finalisation. Rogers, Fido et Vidéotron mettront fin à leurs services 3G le 31 juillet 2025, tandis que Bell entamera un retrait progressif dès le 31 octobre au Manitoba, pour une extinction complète d’ici la fin de l’année. Pour ce qui est des autres provinces, Bell n’a pas encore communiqué de date. De son côté, Telus prévoit également une fermeture en 2025.
Si des désagréments sont signalés, notamment en zones rurales où la couverture 4G/LTE n’est pas toujours équivalente, aucune crise majeure n’a été rapportée au sujet des dispositifs critiques. Les enjeux concernent surtout les particuliers ou petites entreprises n’ayant pas anticipé la fin des réseaux. À l’inverse de la France, aucune mobilisation industrielle d’envergure n’a été observée au Canada, ni de controverses publiques sur la continuité de services essentiels.
Cette différence s’explique en partie par une préparation plus en amont de la part des opérateurs canadiens, mais aussi par une structure industrielle différente : les systèmes critiques en France semblent bien plus nombreux à dépendre encore des anciennes générations mobiles. Autre élément clé : la présence massive de cartes SIM étrangères dans les objets connectés français, qui complique l’identification et l’information des utilisateurs.
Les autorités françaises prévoient de suivre de près les premières coupures prévues à La Réunion, puis dans neuf départements du sud-ouest en mars 2026. Si des « catastrophes industrielles » devaient survenir, Bercy n’exclut pas de demander aux opérateurs un réajustement du calendrier.
À ce stade, la France semble suivre une trajectoire plus heurtée que son homologue canadien. Le défi n’est pas seulement technique : il touche à la capacité de coordination entre industriels, opérateurs et pouvoirs publics. Tandis que le Canada finalisera dès la fin 2025 l’extinction de la 3G, la France devra convaincre qu’elle peut faire de même sans laisser sur le bas-côté des milliers d’équipements et leurs utilisateurs.
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