
Dans un geste qui redéfinit l’approche des États-Unis envers l’intelligence artificielle, l’administration Trump a présenté le 23 juillet 2025 un vaste AI Action Plan, un plan directeur visant à stimuler le développement de l’IA sur le territoire américain. Les détails de cette stratégie confirment un virage radical par rapport aux orientations de la précédente administration Biden, en misant sur la déréglementation, l’expansion énergétique, et l’affirmation de la suprématie technologique américaine sur la scène mondiale.
Le document de 23 pages, orchestré par David Sacks, « tsar de l’IA » à la Maison-Blanche, recommande plus de 90 mesures pour accélérer l’innovation, construire des infrastructures massives et projeter l’influence américaine à l’international. Trois piliers structurent le plan : l’innovation, l’énergie et la diplomatie. Ce plan appelle notamment à démanteler les contraintes réglementaires « étouffantes » pour favoriser la croissance de la Silicon Valley. « Pour gagner la course de l’IA, les États-Unis doivent diriger l’innovation, les infrastructures et les partenariats mondiaux », résume Sacks.
Le président Trump entend agir vite. Dès le jour de la présentation, il a annoncé plusieurs décrets exécutifs. L’un d’eux ordonne que tous les modèles de langage utilisés par l’État fédéral soient « neutres et non biaisés », reprenant une rhétorique hostile à ce qu’il appelle « l’idéologie woke ». Un autre décret mobilise la US International Development Finance Corporation et la Banque d’import-export pour soutenir l’exportation de technologies américaines d’IA, notamment dans les pays du Golfe où des accords massifs de construction de centres de données ont déjà été signés.
L’aspect énergétique du plan est tout aussi central. Pour répondre à l’explosion de la demande en calcul, l’administration prévoit de stabiliser le réseau électrique, d’accélérer l’interconnexion de sources d’énergie pilotables, et d’encourager le développement de centrales nucléaires et géothermiques. Selon BloombergNEF, les centres de données pourraient consommer 8,6 % de l’électricité américaine d’ici 2035, contre 3,5 % aujourd’hui. Pour Trump, l’énergie est désormais un enjeu de sécurité nationale, un argument qui justifie aussi le maintien de centrales au charbon et au gaz.
Sur le plan réglementaire, le plan propose de revoir les enquêtes ouvertes par la Federal Trade Commission et de suspendre les exigences de transparence et de tests de sécurité imposées par le décret Biden de 2023. L’administration cherche également à empêcher les États d’adopter des lois jugées trop contraignantes pour le secteur, allant jusqu’à menacer de priver ces États de financement fédéral pour leurs projets technologiques.
Ce recentrage politique bénéficie du soutien d’une partie de l’industrie. Le projet Stargate, annoncé le lendemain de l’investiture de Trump, prévoit un investissement privé de 100 milliards $ par SoftBank, Oracle et OpenAI pour développer des capacités massives de calcul aux États-Unis. Trump se positionne ainsi comme l’architecte d’un « nouveau pacte technologique américain », dans la droite ligne de ses promesses électorales de 2024.
Mais les critiques ne se font pas attendre. Plusieurs organisations, dont l’AI Now Institute, dénoncent un plan taillé pour les intérêts des géants technologiques. Ses codirectrices, Sarah Myers West et Amba Kak, y voient « un programme écrit par et pour la Big Tech », sans véritable garde-fou pour la société civile. Le plan ignore largement les questions éthiques, les risques de discrimination algorithmique ou les effets de l’IA sur l’emploi, au profit d’une vision essentiellement géopolitique et industrielle.
En tentant de remodeler à grande vitesse l’écosystème de l’intelligence artificielle, Donald Trump mise sur une stratégie du choc : accélération des investissements, reconfiguration des alliances technologiques, et abandon des normes de précaution. Reste à voir si cette approche portera ses fruits ou si elle précipitera de nouveaux déséquilibres. À court terme, une chose est sûre : l’IA est désormais au cœur de la politique industrielle, énergétique et diplomatique des États-Unis.
Source : White House, AI.gov
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