
Dans un article publié le 22 juillet 2025 par The Conversation US, Camille Banger, professeure adjointe en technologie de l’information à l’Université du Wisconsin-Stout, raconte comment elle a intégré l’intelligence artificielle générative dans un cours universitaire afin de mieux préparer ses étudiants au monde du travail. Devant l’essor rapide de ces outils, elle a choisi de passer à l’action plutôt que d’attendre des directives institutionnelles ou des réponses toutes faites. Son objectif : favoriser une adoption critique et réfléchie de l’IA, au-delà des effets de mode.
Pour ce faire, elle a conçu un cours en technologies de gestion où les étudiants ont utilisé Microsoft 365 Copilot, une version enrichie par l’IA des logiciels Word, Excel, Teams ou PowerPoint, dans le cadre d’un projet expérimental. Plutôt que de leur imposer des tâches précises, elle leur a demandé de documenter leur usage de l’outil dans un journal personnel, afin de mettre en lumière les forces, les limites et les usages réels de l’IA en contexte académique et professionnel.
L’expérience a révélé une transition rapide des étudiants, de la curiosité à la maîtrise, même si l’apprentissage du bon « prompt » restait un défi. Certains ont appris à utiliser Copilot pour résumer des réunions Teams, améliorer la qualité de leurs courriels, ou encore vérifier leurs devoirs en fonction des critères d’évaluation. Plusieurs ont constaté la nécessité de toujours valider les informations générées par l’IA, à cause des erreurs possibles ou des « hallucinations » fréquentes.
Camille Banger souligne également les enjeux d’accès aux technologies payantes comme Copilot, qui pourraient accentuer les inégalités entre étudiants. Elle insiste donc sur l’importance d’une approche pédagogique progressive, intégrant l’IA comme un outil parmi d’autres et non comme une solution magique. Elle milite aussi pour une littératie de l’IA qui inclut la réflexion éthique, la vérification de l’information et l’autonomie intellectuelle.
L’un des enseignements clés de son projet est que l’intelligence artificielle ne doit pas remplacer la pensée originale des étudiants, mais plutôt soutenir leur travail lorsqu’elle est bien utilisée. Elle recommande notamment de faire rédiger un premier jet sans IA, puis de s’en servir ensuite pour réviser ou enrichir le contenu, une manière de préserver l’intégrité du processus d’apprentissage.
Enfin, Banger conclut en rappelant le rôle crucial que doivent jouer les établissements d’enseignement supérieur : préparer les étudiants non seulement à maîtriser ces outils, mais aussi à comprendre leurs impacts et leurs responsabilités en tant que futurs professionnels. Un équilibre délicat à atteindre, mais indispensable à l’ère de l’IA générative.
L’un des aspects les plus marquants de l’expérience relatée par Camille Banger est la manière dont l’intégration de l’IA a transformé la relation des étudiants aux outils numériques qu’ils utilisaient déjà. En intégrant Copilot dans des plateformes qu’ils maîtrisent ( comme Word ou PowerPoint ) les étudiants ont découvert une nouvelle couche d’interaction avec la technologie, plus intuitive et personnalisée. Cela a facilité une appropriation plus rapide, car l’IA ne leur semblait plus étrangère, mais directement utile dans le prolongement de leurs activités académiques quotidiennes. Ce type d’intégration « invisible » pourrait devenir un modèle pour de futures applications pédagogiques, où l’IA se fond dans les usages plutôt que d’imposer de nouvelles interfaces.
Par ailleurs, l’expérience met en évidence un enjeu souvent négligé : celui de l’habitude cognitive. Plusieurs étudiants ont indiqué qu’ils oubliaient parfois d’utiliser Copilot, préférant instinctivement les méthodes traditionnelles. Cela illustre combien l’adoption de l’IA repose aussi sur un changement de comportement, au-delà de la simple maîtrise technique. Pour qu’un outil d’IA devienne réellement un support à l’apprentissage, il doit s’inscrire dans une routine pédagogique claire, soutenue par une culture de l’expérimentation, de la rétroaction et de l’évaluation critique. C’est là une responsabilité importante pour les enseignants : non seulement introduire ces outils, mais créer les conditions de leur adoption raisonnée.
Source : The Conversation
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