Joëlle Pineau vs Meta : une pionnière de l’IA face à ses principes

Credit : Martin Lipman/NSERC

Après huit ans passés à la tête de la recherche en intelligence artificielle chez Meta, Joëlle Pineau, figure de proue de l’IA mondiale et Montréalaise d’adoption, a tourné la page. En mai dernier, elle a quitté ses fonctions de vice-présidente au sein du géant californien, renonçant à une position d’influence rare et à des millions en actions. Ce départ, loin d’être lié à des conflits internes ou à des divergences techniques, trouve sa source dans une prise de position éthique, face à l’alignement croissant de Meta et d’autres géants de la Silicon Valley avec la nouvelle administration Trump. C’est ce qu’elle a confié récemment au journaliste Maxime Bergeron de La Presse, lors d’un entretien dans un café du Plateau Mont-Royal.

Sous pression du climat politique américain, plusieurs entreprises ont démantelé leurs programmes de diversité et d’inclusion. Meta n’y a pas échappé. Pour Joëlle Pineau, qui a dirigé près de 600 chercheurs répartis entre Montréal, New York, Paris ou Tel-Aviv, la rupture était claire : « Peut-être que l’histoire nous dira qu’à court terme, c’était la bonne décision stratégique, mais moi, je trouvais que le prix à payer était trop grand. » Son choix s’est imposé : « disagree and leave ».

Scientifique respectée, professeure à McGill, associée au Mila, elle s’était hissée au sommet de l’organigramme de Meta, jusqu’à siéger au comité de direction aux côtés de Mark Zuckerberg. Ses équipes ont notamment contribué à l’intégration de modèles IA dans Messenger, WhatsApp et Instagram, ou encore à l’amélioration des traductions automatiques. Mais pour elle, l’éthique ne doit pas être une variable d’ajustement. Malgré les tentatives de la retenir, elle est partie en bons termes. « Ce n’est pas mon expérience que Meta est une entreprise terrible », tient-elle à souligner.

Le parcours de Joëlle Pineau est marqué par des bifurcations assumées. Formée à Waterloo en génie des systèmes, puis à Carnegie Mellon en robotique, elle a toujours cherché à mettre l’humain au cœur de la machine. Recrutée par Facebook en 2017 pour implanter son centre d’IA à Montréal, elle a ensuite pris les rênes mondiales de la recherche fondamentale, dans un contexte où la métropole devenait un pôle incontournable de l’intelligence artificielle.

Aujourd’hui, elle a quitté le navire Meta avec une question en tête : « Est-ce qu’on a plus d’influence quand on est à l’intérieur qu’à l’extérieur ? » Ce doute la hante, même si elle est convaincue d’avoir fait le bon choix. Loin d’avoir disparu de la scène, elle poursuivra son engagement via l’enseignement à McGill, la recherche au Mila, et peut-être d’autres formes de mobilisation.

Joëlle Pineau rappelle enfin que le vrai défi de l’IA, ce n’est pas de l’arrêter, mais de savoir comment y prendre part avec lucidité. « Le courant est puissant. Il faut choisir comment on y entre, avec quel cap, et surtout avec quelles valeurs. » Son départ de Meta n’est pas une fin, mais le début d’une nouvelle traversée.

Source : La Presse

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