
Selon une enquête publiée par 404 Media, l’équipe juridique de LeBron James a envoyé une mise en demeure à l’entreprise FlickUp, à l’origine d’un outil d’intelligence artificielle utilisé pour générer des vidéos mettant en scène des célébrités sans leur consentement, dont le célèbre joueur de basketball. L’affaire met en lumière une zone grise encore peu contestée : l’usage abusif de l’image des personnalités publiques par des plateformes exploitant l’IA générative.
L’outil visé, Interlink AI, hébergé sur Discord, permettait à ses utilisateurs de créer et partager des vidéos dites « brainrot » mettant en scène des vedettes de la NBA comme James ou Steph Curry dans des scénarios absurdes ou dégradants, dont une vidéo virale où LeBron James est représenté enceinte. Plusieurs de ces vidéos ont récolté des millions de vues sur Instagram avant que les comptes les diffusant ne soient supprimés.
Au-delà de l’aspect juridique, cette affaire soulève des questions majeures sur la responsabilité des créateurs d’outils d’intelligence artificielle. Interlink AI n’a pas simplement permis des détournements, il a encouragé une culture de la performance virale à tout prix, avec des guides détaillés pour manipuler des images de célébrités. La présence de chaînes Discord dédiées à ces créations, incluant une section « wins » où les utilisateurs se félicitaient des vues générées, illustre l’économie de l’attention alimentée par l’IA, souvent au détriment de la dignité des personnes représentées.
Selon Jason Stacks, fondateur de FlickUp, la décision de retirer tous les modèles réalistes du logiciel a été prise à peine 30 minutes après réception de la mise en demeure, signée par le cabinet Grubman Shire Meiselas & Sacks au nom de LeBron James. « L’IA générative est encore un Far West en matière de propriété intellectuelle, mais nous voulons être du bon côté du changement », a-t-il déclaré à 404 Media.
Elle révèle aussi les limites actuelles des systèmes de modération sur les plateformes sociales comme Instagram. Malgré les lignes directrices de Meta contre les contenus non consentis ou diffamatoires, plusieurs vidéos mettant en scène LeBron James dans des situations absurdes ou humiliantes ont pu accumuler des millions de vues avant d’être supprimées. Cette réactivité tardive, combinée au silence de Meta sur les démarches entreprises, renforce le sentiment d’impunité des créateurs de contenus IA malveillants.
La plateforme a donc supprimé l’ensemble des modèles IA basés sur des figures réelles, y compris ceux inspirés de James, Curry, Drake ou encore Elon Musk. Les responsables du serveur Discord ont aussi averti leur communauté que cette décision visait à « protéger l’avenir de la plateforme ».
Enfin, l’initiative juridique de LeBron James pourrait créer un précédent important pour d’autres personnalités publiques. Alors que peu de célébrités ont jusqu’à maintenant tenté d’imposer des limites légales à l’usage de leur image par des générateurs IA, cette démarche pourrait ouvrir la voie à une plus grande vigilance, voire à une législation encadrant l’usage de l’image dans l’univers numérique. Ce bras de fer entre célébrité, droit à l’image et IA marque peut-être le début d’un nécessaire rééquilibrage.
Cet épisode marque une étape importante : l’une des premières fois qu’un athlète ou une célébrité prend des mesures légales contre la diffusion de contenus générés par IA, sans caractère sexuel explicite mais jugés diffamatoires ou abusifs. Il témoigne aussi de l’absence actuelle de garde-fous efficaces, tant techniques que juridiques, face à la prolifération de ce type de contenus viraux.
Source : 404 Media
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