
Malgré des années d’investissements publics massifs, le Canada peine encore à se hisser parmi les chefs de file mondiaux de l’innovation. C’est le constat d’un nouveau rapport de l’Institut C.D. Howe qui s’appuie sur les données des enquêtes menées par Statistique Canada depuis la crise financière de 2008. Un contexte qui, selon l’auteure Catherine Beaudry, offre des enseignements directement applicables à l’environnement économique post-pandémique actuel.
Le rapport met en lumière les principaux freins à l’innovation, au premier rang desquels figurent les contraintes financières, suivies de près par la pénurie de main-d’œuvre qualifiée et l’incertitude des marchés. Ce qui frappe, c’est que ces obstacles ne sont pas vécus de manière isolée : ils se chevauchent et s’amplifient mutuellement. Ainsi, un manque de financement peut être aggravé par des lacunes en compétences internes, ou encore par une difficulté à anticiper la demande pour un produit innovant.
Le travail de Beaudry va au-delà du simple constat. Il démontre que les entreprises qui font preuve de proactivité, qu’elles réussissent ou non à lever les barrières à l’innovation, innovent davantage que celles qui ne tentent rien. L’utilisation de programmes publics, comme les crédits d’impôt à la R-D ou les subventions, s’avère bénéfique, surtout lorsqu’elle vient en appui à des démarches internes déjà amorcées. En revanche, ces outils, à eux seuls, ne suffisent pas à compenser l’impact des obstacles, en particulier financiers.
Autre constat préoccupant : la majorité des entreprises qui affirment faire face à des barrières à l’innovation n’ont pas recours aux programmes gouvernementaux pour les surmonter. Moins du tiers des firmes potentiellement innovantes ont utilisé des crédits d’impôt, et à peine 23 % ont accédé à des subventions. L’enquête révèle que les démarches administratives complexes, les exigences variables entre paliers de gouvernement et le manque de clarté quant à l’admissibilité constituent autant d’éléments dissuasifs, surtout pour les PME qui ne disposent pas de ressources dédiées à ce type de gestion.
Le rapport salue par ailleurs l’impact positif des programmes d’accès aux installations de recherche publiques, comme celles du Conseil national de recherches du Canada. Bien que sous-utilisés, ces outils s’avèrent puissants pour les entreprises qui les exploitent, leur offrant des compétences techniques et des équipements spécialisés autrement inaccessibles. L’étude invite donc Ottawa à explorer de nouveaux moyens de démocratiser l’accès à ces infrastructures, notamment en misant sur des intermédiaires régionaux ou sectoriels.
Enfin, le rapport propose de renforcer les mécanismes de suivi et d’évaluation des politiques d’innovation. Trop souvent, on ignore quels programmes donnent véritablement des résultats tangibles. En documentant mieux les effets réels des soutiens publics sur la capacité des entreprises à innover, le gouvernement pourrait ajuster ses interventions avec plus de précision, éviter les redondances, et maximiser les retombées économiques. Dans un contexte de contraintes budgétaires, cette efficacité devient non seulement souhaitable, mais essentielle.
Une autre conclusion forte du rapport est que les dispositifs d’aide doivent mieux s’adapter à la réalité des entreprises. Aujourd’hui, la majorité des programmes suivent une logique unique qui ne tient pas compte des différences de taille, de secteur ou de maturité des firmes. Résultat : de nombreuses entreprises innovantes ne sollicitent même pas l’aide disponible, rebutées par des démarches jugées complexes, coûteuses ou mal calibrées.
Parmi les pistes prometteuses, l’étude souligne l’efficacité des programmes axés sur le capital humain : formation, embauche de diplômés récents et l’accès aux infrastructures de recherche publique. Les efforts d’exportation soutenus par l’État, bien que peu répandus, ont également montré des effets positifs sur les capacités d’innovation.
Ce travail soulève enfin une question fondamentale : comment mieux arrimer les initiatives publiques et les dynamiques privées ? Pour Catherine Beaudry, l’État doit jouer un rôle de catalyseur, non de substitution. Il doit miser sur la coordination des aides, leur simplification, et leur adaptation fine aux parcours d’innovation, souvent sinueux, des entreprises.
Source : C.D.Howe (PDF)
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