Un ex-modérateur poursuit Chaturbate pour traumatisme psychologique lié à des contenus extrêmes

Paru le 28 juillet 2025, un recours collectif intenté aux États-Unis vise la plateforme de diffusion pornographique en direct Chaturbate. À l’origine de la plainte : Neal Barber, un ancien modérateur employé par Bayside Support Services et Multi Media LLC, la société mère de Chaturbate. Il affirme avoir développé un syndrome de stress post-traumatique (SSPT) après avoir été exposé quotidiennement à des contenus « extrêmes, violents, graphiques et sexuellement explicites », sans soutien adéquat de la part de l’employeur.

Selon le document judiciaire, les entreprises auraient « sciemment omis » de fournir à leurs modérateurs des protections psychologiques reconnues dans l’industrie : filtres de contenu, pauses bien-être, encadrement informé des traumatismes ou soutien par les pairs. Barber, aujourd’hui toujours en traitement, accuse son ancien employeur d’avoir rompu son devoir de diligence.

Les modérateurs de Chaturbate, officiellement appelés « superviseurs du risque pour le service client », sont en première ligne pour filtrer les contenus diffusés en direct sur la plateforme. Ils sont notamment chargés de détecter les images d’abus sexuels sur mineurs, les actes de violence extrême, les comportements suicidaires et les contenus non consensuels. L’absence de mesures de protection rend leur travail particulièrement vulnérable à des dommages psychologiques, soutient la poursuite.

Dans un commentaire transmis à 404 Media, Multi Media LLC indique ne pas avoir encore été officiellement notifiée du recours et se refuse à commenter. L’entreprise souligne toutefois qu’elle « prend la modération très au sérieux et reste engagée envers le bien-être de ses équipes ».

Le recours déposé par Barber rappelle d’autres affaires similaires survenues ces dernières années dans l’industrie numérique. En 2019, des révélations sur Facebook avaient mis en lumière les conséquences mentales du travail de modération. En 2022, YouTube a versé 4,3 millions de dollars à ses modérateurs pour avoir omis d’offrir une protection adéquate. Cette nouvelle affaire représente la première poursuite judiciaire de ce type visant Chaturbate.

L’enjeu est de taille pour l’industrie : alors que les plateformes en ligne s’appuient largement sur des humains pour contrôler les dérives des contenus générés par les utilisateurs, les conditions de travail et les mécanismes de soutien psychologique demeurent, dans plusieurs cas, rudimentaires, voire inexistants. La plainte contre Chaturbate pourrait ainsi faire jurisprudence, notamment dans le secteur du contenu pour adultes, où les modérateurs sont confrontés à des formes extrêmes de violence, souvent diffusées en direct.

En toile de fond, cette affaire s’inscrit dans un climat réglementaire tendu pour Chaturbate. En 2024, la plateforme avait accepté de verser 675 000 $ à l’État du Texas pour se conformer à sa loi sur la vérification de l’âge. Plus récemment, elle a été poursuivie au Kansas par une mère de famille qui accuse la plateforme d’avoir permis à son fils mineur d’accéder à du contenu pornographique sans contrôle adéquat.

Alors que les pratiques de modération sont de plus en plus scrutées, ce recours soulève une question centrale : qui protège ceux qui sont chargés de protéger les autres ?

Source : 404 Media

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