
L’IA générative ne se contente plus d’accélérer les flux de travail ou de produire du texte à la demande. Elle redéfinit désormais les règles du jeu dans l’univers des logiciels d’entreprise. Grâce à elle, les entreprises peuvent migrer plus facilement d’un fournisseur à un autre, mettant fin à l’ère du verrouillage technologique imposé par les grandes plateformes. Résultat : la guerre commerciale s’intensifie entre géants comme Microsoft, Amazon, Salesforce et Palantir.
Jusqu’ici, changer de fournisseur logiciel impliquait de longues opérations de migration, souvent jugées trop complexes et coûteuses. Mais les nouveaux outils dopés à l’IA savent désormais générer du code pour transférer automatiquement des données ou reprogrammer d’anciens systèmes. Aux États-Unis, le Département de la Défense américain, par exemple, teste déjà des solutions d’OpenAI et Microsoft capables d’extraire des données d’outils comme ceux de Palantir ou Lockheed Martin. Une façon de renégocier leurs contrats avec plus de poids, quitte à menacer de passer à des solutions concurrentes comme Power BI.
Du côté privé, l’entreprise C1, basée au Minnesota, utilise ChatGPT pour sortir ses données de Microsoft Dynamics et explorer d’autres CRM. Son responsable des technologies, Viral Tripathi, envisage même de migrer vers les outils IA de Salesforce ou des startups spécialisées. Il résume la tendance : « On disait que les logiciels allaient conquérir le monde, maintenant c’est l’IA qui mange les logiciels ».
Chez Microsoft, la stratégie est claire : récupérer les clients de Salesforce et d’autres rivaux. Le géant de Redmond mise sur une automatisation poussée qui pourrait rendre inutiles des dizaines d’applications personnalisées au profit d’interfaces conversationnelles IA. Une vision défendue par Charles Lamanna, en charge de la suite Dynamics.
Cette nouvelle donne bouleverse également les modèles économiques des éditeurs traditionnels. Là où la dépendance des clients garantissait des revenus stables via des licences annuelles ou des frais de maintenance, l’arrivée d’outils IA capables de faciliter la migration force ces acteurs à innover ou à assouplir leurs conditions. Certains, comme Microsoft, misent sur l’intégration poussée de l’IA dans leurs suites logicielles pour fidéliser leur clientèle, tandis que d’autres comme Salesforce se retrouvent sur la défensive, notamment face à des critiques sur les restrictions d’accès aux données via Slack.
Parallèlement, cette révolution alimente la croissance d’un nouvel écosystème d’entreprises spécialisées dans les migrations automatisées ou les outils hybrides. Des startups comme YugabyteDB, qui combine base de données cloud-native et compatibilité avec les anciens standards, deviennent des partenaires stratégiques pour les entreprises cherchant à moderniser rapidement leurs infrastructures. En abaissant les coûts et les délais des migrations, l’IA contribue ainsi à ouvrir un marché jusqu’ici figé, tout en fragilisant les positions acquises des grands fournisseurs.
Mais la riposte s’organise. Palantir assure que ses propres outils IA peuvent désormais remplacer Power BI, ServiceNow ou SAP. La société offre même à ses prospects d’importantes économies s’ils rompent leurs contrats existants. De leur côté, Amazon et d’autres n’hésitent pas à offrir gratuitement des outils de conversion. Thomson Reuters affirme avoir réduit de 30 % ses coûts logiciels en remplaçant Windows par Linux sur ses postes de travail grâce à une IA d’Amazon. Même scénario chez SonicWall, une entreprise de cybersécurité, qui modernise enfin ses bases de données grâce à l’IA, avec des économies de 50 % à la clé.
À mesure que les barrières techniques tombent, la dynamique de l’industrie logicielle s’oriente vers une plus grande fluidité. Les entreprises ne sont plus pieds et poings liés à un fournisseur. Avec l’IA, elles reprennent le contrôle et les éditeurs historiques doivent maintenant se battre pour mériter leur fidélité.
Source : The Information
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