
Microsoft et OpenAI sont en pleines négociations pour redéfinir les contours de leur partenariat stratégique. L’enjeu : garantir à Microsoft un accès continu aux technologies d’intelligence artificielle développées par OpenAI, y compris après l’atteinte éventuelle de l’intelligence artificielle générale (AGI), un seuil considéré comme critique dans leur contrat actuel. Selon des sources proches du dossier, un nouvel accord pourrait être conclu dans les prochaines semaines.
Actuellement, le contrat prévoit qu’une fois l’AGI atteinte — définie comme un système surpassant les humains dans la plupart des tâches économiques — OpenAI pourrait restreindre l’accès de Microsoft à ses avancées technologiques. Cela inquiète Microsoft, principal investisseur du laboratoire avec 13,75 milliards de dollars engagés, qui redoute de perdre un avantage stratégique dans la course à l’IA. L’entreprise cherche donc à renégocier les termes avant l’échéance du contrat actuel, fixée à 2030.
Les discussions s’inscrivent dans un contexte de tensions croissantes entre les deux partenaires, notamment depuis le renvoi, puis le retour de Sam Altman à la tête d’OpenAI fin 2023. Depuis, OpenAI tente de s’affranchir de sa dépendance à l’égard de Microsoft, en développant ses propres centres de données et en diversifiant ses sources de financement. Elle aurait aussi entamé des pourparlers avec SoftBank, qui pourrait injecter plusieurs milliards à condition que la restructuration interne d’OpenAI soit finalisée d’ici la fin de l’année.
L’enjeu est également commercial. OpenAI souhaite toucher une part plus importante des revenus générés conjointement avec Microsoft, tout en gardant la liberté de proposer des produits distincts, y compris à des clients gouvernementaux ne passant pas par la plateforme Azure. L’organisation veut aussi s’assurer que Microsoft respecte des normes strictes de sécurité, particulièrement à mesure que l’on s’approche de l’AGI.
Mais le concept même d’AGI reste flou, et son déclenchement contractuel pourrait s’appuyer aussi bien sur des critères techniques — validés par le conseil d’administration d’OpenAI — que sur des seuils financiers, comme un objectif cumulé de 100 milliards de dollars de bénéfices pour les investisseurs. Selon certaines clauses, ce palier donnerait à OpenAI le droit de couper l’accès de Microsoft, y compris aux modèles développés avant l’AGI.
Les négociations actuelles portent également sur la participation de Microsoft dans une OpenAI restructurée, qui pourrait se situer entre 30 % et 35 % selon les dernières discussions. Microsoft a montré une certaine souplesse, notamment en renonçant à ses droits de propriété intellectuelle sur le rachat par OpenAI de la startup io, fondée par Jony Ive. En revanche, la firme s’est opposée à un autre projet d’acquisition, celui de Windsurf, un éditeur d’outils de code concurrents, poussant finalement ses fondateurs à se tourner vers Google.
Si les discussions n’aboutissent pas, Microsoft pourrait décider de conserver les termes actuels du contrat, sans concession. Une stratégie défensive, certes, mais qui montrerait que le géant de Redmond n’est pas prêt à risquer un accès limité à une technologie qui constitue aujourd’hui le cœur de sa stratégie cloud et logicielle. Pour OpenAI comme pour Microsoft, ces négociations pourraient bien redessiner l’équilibre des forces dans l’industrie de l’intelligence artificielle.
Source : Bloomberg
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