
L’Australie impose un virage réglementaire de taille : le gouvernement d’Anthony Albanese a annoncé que YouTube sera finalement soumis à la nouvelle législation nationale interdisant aux jeunes de moins de 16 ans de posséder un compte sur les réseaux sociaux. Cette mesure, qui entrera en vigueur le 10 décembre 2025, vise également TikTok, Instagram, Facebook, Snapchat et X.
Initialement, YouTube avait été exempté de cette interdiction, le gouvernement estimant que la plateforme n’était pas considérée comme un réseau social à part entière. Cette exemption avait suscité l’indignation chez les concurrents, qui ont dénoncé un traitement de faveur. Face à la pression médiatique et aux recommandations de la commissaire à la sécurité en ligne Julie Inman Grant, Canberra a donc rectifié le tir.
À compter de décembre, les plateformes visées devront prendre des « mesures raisonnables » pour empêcher les moins de 16 ans de créer un compte, sous peine d’amendes pouvant atteindre 50 millions de dollars australiens (environ 46 millions canadiens). Les utilisateurs pourront toujours accéder à du contenu sans se connecter, mais l’interaction (commentaires, publications, abonnements) leur sera interdite. YouTube Kids, doté de contrôles parentaux renforcés, restera toutefois autorisé.
Cette volte-face illustre aussi le glissement progressif de la perception publique de YouTube. Longtemps vu comme une simple plateforme de vidéos, le service est aujourd’hui reconnu pour ses fonctionnalités sociales : commentaires, abonnements, recommandations algorithmiques, créateurs influents, autant d’éléments qui rapprochent son fonctionnement de celui des réseaux traditionnels. L’inclusion de YouTube dans la loi témoigne de la difficulté croissante à tracer une ligne nette entre plateformes de divertissement et réseaux sociaux.
Le gouvernement australien justifie son choix en s’appuyant sur des données alarmantes. Selon les autorités, près de 40 % des enfants âgés de 10 à 15 ans déclarent avoir vu du contenu nuisible sur YouTube. Cette statistique, mentionnée par la ministre des Communications Anika Wells, a pesé lourd dans la décision finale. Elle souligne également le rôle central que joue désormais YouTube dans la vie numérique des jeunes, bien au-delà de la simple consommation passive de vidéos.
Sur le plan international, cette décision pourrait avoir un effet domino. En se positionnant comme pionnier sur la régulation des comptes adolescents, l’Australie ouvre la voie à d’autres pays qui cherchent à encadrer l’usage des plateformes numériques chez les mineurs. Si Canberra parvient à mettre en œuvre cette loi de manière efficace et sans heurts technologiques majeurs, cela pourrait renforcer l’idée d’une gouvernance numérique plus protectrice à l’échelle mondiale.
Google, propriétaire de YouTube, conteste cette décision, estimant que la plateforme est une bibliothèque de contenus vidéo plutôt qu’un réseau social. L’entreprise dénonce un revirement unilatéral du gouvernement australien, qui avait publiquement affirmé son exclusion de la loi à l’origine. Des menaces de poursuites judiciaires ont été évoquées dans les médias australiens.
Pour les autorités, cette nouvelle réglementation est une réponse directe aux inquiétudes croissantes des familles sur les effets des réseaux sociaux : dépendance, troubles du sommeil, exposition à des contenus inappropriés, isolement et détresse mentale. « Ce n’est pas la solution unique, mais c’est une mesure nécessaire », a affirmé le Premier ministre Albanese, qui compte plaider pour une interdiction mondiale lors d’un sommet de l’ONU à New York en septembre.
L’Australie devient ainsi le premier pays à mettre en œuvre une interdiction nationale de ce type, inspirant déjà d’autres nations comme la Norvège, tandis que le Royaume-Uni étudie une législation semblable. Le débat reste toutefois ouvert sur l’efficacité des mécanismes de vérification de l’âge, d’autant que le gouvernement assure ne pas vouloir exiger de documents officiels comme les passeports pour confirmer l’identité des utilisateurs.
Source : PM Australie
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