
Sous la présidence Trump, la FCC, l’organisme de régulation des télécommunications aux États-Unis, tourne définitivement le dos à sa mission de garantir un accès Internet à large bande équitable et abordable. Une volte-face qui risque d’aggraver la fracture numérique dans le pays.
Depuis 1996, la loi américaine sur les télécommunications oblige la FCC à s’assurer que l’Internet haut débit est déployé de manière « raisonnable et opportune » sur l’ensemble du territoire. Si ce n’est pas le cas, l’agence doit agir immédiatement pour accélérer son déploiement en supprimant les barrières à l’investissement et en favorisant la concurrence. Or, selon plusieurs experts, cette disposition n’a jamais été pleinement appliquée, les pressions politiques et les lobbies ayant toujours influencé les décisions.
Un léger espoir avait émergé sous l’administration Biden, avec une révision de la définition minimale du haut débit (100 Mbps en aval, 10 Mbps en amont), un engagement envers la fibre optique, et des promesses de transparence sur le coût élevé d’Internet aux États-Unis. Tout cela est désormais abandonné. Brendan Carr, reconduit à la tête de la FCC par Trump, a annoncé que ces standards seraient jugés « superflus », et que l’agence allait se limiter à une lecture stricte du texte de loi, invoquant la récente décision de la Cour suprême dans l’affaire Loper Bright, qui restreint l’interprétation des lois par les agences fédérales.
Cette posture minimaliste, dénoncée comme un cadeau aux géants des télécoms, s’inscrit dans une stratégie plus large de démantèlement des protections des consommateurs au profit du pouvoir corporatif. Comcast, AT&T, Verizon et consorts peuvent désormais opérer sans crainte de régulation sérieuse : fusions, surveillance de masse, hausses de prix et qualité de service douteuse ne feront l’objet d’aucune contestation.
L’ironie, souligne l’analyste Karl Bode dans son billet pour Techdirt, c’est que la FCC possède tous les outils nécessaires pour améliorer la situation : promouvoir les coopératives locales, encadrer les tarifs, imposer des normes strictes sur la qualité et la confidentialité. Mais dans la version 2025 de l’agence, l’inaction est devenue doctrine.
En creux, cette décision de la FCC reflète un choix politique majeur : celui d’un pays qui renonce à faire de l’accès universel à Internet un droit fondamental, au profit d’un marché dominé par quelques monopoles peu soucieux de l’intérêt public. Un recul dont les effets, préviennent les observateurs, pourraient se faire sentir pendant plusieurs générations.
Source : Techdirt
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