Instagram Map : la nouvelle fonctionnalité qui peut révéler beaucoup plus que prévu

Instagram déploie d’abord aux États-Unis une carte interactive permettant de partager sa position précise en temps réel avec ses amis. Accessible depuis la messagerie privée, cette carte combine deux types de données : d’un côté, les lieux que vous avez volontairement tagués dans vos publications ou stories récentes ; de l’autre, une option incitant à activer le partage passif, qui indique à vos amis le dernier endroit où vous avez ouvert l’application, même pour simplement faire défiler le fil.

Ce changement marque une rupture importante pour la plateforme. Instagram passe d’un modèle où l’utilisateur choisit activement quoi et quand publier, à un système d’échange continu en arrière-plan. Officiellement, la société présente cette nouveauté comme « une façon légère de se connecter », mais des spécialistes mettent en garde contre les risques de dérives, allant de la pression sociale à la surveillance abusive.

Les paramètres offrent plusieurs niveaux de partage, avec tous vos amis, seulement vos « amis proches » ou des personnes sélectionnées, ainsi que la possibilité d’exclure certains lieux, contacts ou périodes. Toutefois, la complexité de ces réglages augmente le risque d’oublier de désactiver le suivi, ce qui pourrait exposer votre position à un ex-partenaire, à des relations professionnelles ou à des amis qui pourraient se sentir exclus.

Sur le plan de la vie privée, la fonctionnalité inquiète. Elle pourrait révéler involontairement des informations sensibles : un rendez-vous médical, un lieu de culte, ou une sortie que vous ne souhaitez pas rendre publique. Tracy Chou, fondatrice de l’application Block Party, y voit une stratégie familière des réseaux sociaux : promettre un contrôle facile, mais concevoir des réglages suffisamment fastidieux pour favoriser le partage excessif.

Pour les adolescents, l’enjeu est aussi sécuritaire. Common Sense Media rappelle que la localisation en temps réel peut exposer les jeunes au harcèlement ou au suivi indésirable, en révélant leurs trajets habituels. L’organisme recommande aux familles de désactiver cette option et d’encourager un partage ponctuel via message direct, plutôt qu’un suivi permanent.

La surveillance géolocalisée peut également poser problème dans les relations amoureuses, en créant des dynamiques de contrôle ou d’abus. Une étude australienne publiée en mai indique que près d’un jeune adulte sur cinq considère normal de suivre la position d’un partenaire intime, un comportement que les autorités associent à des risques de manipulation.

Pour ceux qui souhaitent partager leur position dans un cadre précis, par exemple pour suivre un proche âgé ou coordonner un voyage, des alternatives plus respectueuses existent. Des outils comme FindMy sur iPhone ou l’application Messages permettent un partage limité dans le temps, paramétré dès l’envoi. Dans tous les cas, la prudence reste de mise : une carte peut sembler anodine, mais sa précision peut en dire beaucoup sur votre vie privée.

Source : Washington Post


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