Les « clippers » : ces artisans de la viralité qui inondent TikTok et Instagram

Sur les réseaux sociaux, derrière chaque vidéo virale de quelques secondes se cache souvent un « clipper ». Ces monteurs, souvent jeunes et autonomes, transforment des contenus longs ( podcasts, débats, démonstrations de produits ) en extraits courts et percutants, conçus pour maximiser l’engagement. Le phénomène, né avec l’essor de TikTok, attire aujourd’hui aussi bien les créateurs indépendants que les entreprises technologiques.

C’est le cas de Kanoah Cunningham, 24 ans, qui a quitté la finance pour diriger une équipe de huit clippers. Ensemble, ils produisent et diffusent massivement des vidéos sur TikTok et Instagram, engrangeant entre 20 000 et 30 000 dollars par mois. Le principe est simple : multiplier les publications, parfois provocatrices, sur des milliers de comptes afin de saturer les fils d’actualité et augmenter les chances de capter l’attention.

Des marques comme l’éditeur de logiciels Lovable, le fabricant de robots humanoïdes 1X ou la société d’électronique Nothing recourent à ces services pour faire circuler leurs contenus sur les réseaux. Certaines campagnes atteignent des sommets : 1X, avec un budget de 40 000 dollars, a généré plus de 500 millions de vues sur TikTok en une semaine grâce à des extraits d’apparitions de son robot, y compris dans un live avec la star Kai Cenat.

Les clippers se rémunèrent généralement au nombre de vues, entre 0,50 $ et 2 $ pour mille vues, ce qui les pousse à dénicher ou fabriquer des moments forts. L’objectif : déclencher des réactions, likes, partages et commentaires qui nourrissent l’algorithme de recommandation, même depuis un compte sans abonnés.

Pour contourner les filtres anti-duplication, certains ajoutent du texte ou modifient le format des vidéos. Les accroches sensationnalistes sont courantes, peu importe leur véracité : l’essentiel est de susciter la curiosité immédiate.

Ce modèle s’appuie aussi sur des places de marché virtuelles où les marques publient leurs offres et les clippers s’inscrivent pour créer et diffuser les vidéos. Des plateformes comme Clip, gérée via Discord par le jeune Max Peterson, coordonnent des campagnes virales pour des séries télévisées ou des produits tech, orchestrant la diffusion à grande échelle grâce à des réseaux de créateurs rémunérés au résultat.

Toutefois, cette stratégie n’est pas sans risque pour l’image des marques. La recherche de visibilité à tout prix peut conduire à des détournements ou à des polémiques, comme l’a vécu 1X lorsque des extraits de son robot malmené par des influenceurs ont circulé massivement. Si l’impact en termes de notoriété est indéniable, il soulève aussi des questions sur la maîtrise du message et les limites de la viralité comme outil marketing.

Source : Wall Street Journal


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