
Cinq ans après l’échec retentissant de Quibi, une nouvelle plateforme veut réinventer le concept des mini-séries verticales. MicroCo, lancée conjointement par Cineverse et l’homme de médias Lloyd Braun, se présente comme un studio et une plateforme « AI native » dédiée aux microdramas, ces courts feuilletons pensés pour une consommation sur téléphone intelligent. L’ambition est claire : réussir là où Quibi, qui avait englouti des centaines de millions de dollars pour disparaître en neuf mois, s’est effondré.
La comparaison est inévitable. Quibi avait parié gros sur un format jugé prometteur mais n’avait pas su attirer d’audience, malgré des investissements colossaux de 100 000 dollars par minute de production. En misant sur l’intelligence artificielle pour réduire drastiquement les coûts et sur des récits conçus pour captiver en quelques secondes, MicroCo entend éviter la même erreur. Comme l’a résumé Erick Opeka, dirigeant de Cineverse : « Nous ferons une série entière pour ce que Quibi dépensait en limousines. »
Le marché mondial semble, cette fois, mieux préparé. Les microdramas explosent en Asie, où ils représentent déjà plus de 7 milliards de dollars en Chine et ont généré des millions de vues sur des applications spécialisées. Des plateformes comme ReelShort, basée en Californie mais inspirée par les C-dramas et K-dramas, ont prouvé la viabilité du modèle en rassemblant plus de 10 millions de spectateurs. D’autres acteurs comme My Drama se sont positionnés, mais aucun acteur premium n’a encore émergé aux États-Unis.
MicroCo entend se différencier par un positionnement « hollywoodien ». L’entreprise promet des séries plus raffinées et plus cohérentes avec les habitudes culturelles américaines. Les épisodes, d’une durée d’une à trois minutes, miseront sur des intrigues rapides et efficaces : un suspense planté en trois secondes, un rebondissement dramatique en moins de 30 secondes. L’objectif est de rendre chaque segment irrésistible et binge-watchable, tout en respectant les codes de la narration sérielle traditionnelle.
L’équipe dirigeante, particulièrement étoffée, veut rassurer sur la crédibilité du projet. Aux côtés de Braun et d’Opeka, on retrouve Jana Winograde, ex-présidente d’Entertainment chez Showtime, qui a piloté des succès comme Yellowjackets, ainsi que Susan Rovner, ancienne responsable de contenus pour NBCUniversal et Warner Bros Television. Leur mandat : garantir une qualité de production digne des grands studios, malgré des coûts réduits.
Mais au-delà du contenu, MicroCo se veut aussi une plateforme technologique. Grâce à l’infrastructure développée par Cineverse, notamment Matchpoint™, la startup mise sur l’IA pour optimiser la production, personnaliser la découverte des contenus et diversifier ses revenus. Le modèle économique ne reposera pas uniquement sur l’abonnement : publicité, transactions intégrées et options premium pour les superfans font partie de la stratégie.
Avec des ambitions mondiales et un marché projeté à 10 milliards de dollars hors de Chine d’ici 2027, MicroCo veut s’imposer comme le leader américain du microdrama. Le défi sera de convaincre un public déjà saturé de contenus courts sur TikTok, Instagram ou YouTube, mais aussi de fidéliser des spectateurs à un format qui, jusqu’ici, s’est surtout imposé en Asie. Si la promesse de marier rigueur hollywoodienne et vitesse du numérique tient, MicroCo pourrait bien écrire le deuxième chapitre de l’histoire des mini-séries verticales.
Source : MicroCo
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