IA : la nouvelle fabrique à milliardaires

L’intelligence artificielle n’en finit plus de créer des fortunes colossales. Selon CNBC, jamais dans l’histoire récente on n’a assisté à une telle accélération de la création de richesse. À la faveur de levées de fonds spectaculaires et de valorisations records, des dizaines de nouveaux milliardaires émergent en quelques mois, principalement autour des jeunes pousses de l’IA.

Les chiffres donnent le vertige : 498 entreprises d’IA dites « licornes » valent aujourd’hui plus de 2,7 billions de dollars, selon CB Insights. Rien qu’en 2023 et 2024, cent d’entre elles ont vu le jour. Au total, plus de 1 300 startups de l’IA affichent déjà une valorisation supérieure à 100 millions de dollars. Et ce mouvement ne se limite pas aux sociétés privées : les géants cotés comme Nvidia, Microsoft ou Meta, portés par la demande en infrastructures et en services liés à l’IA, affichent également des capitalisations boursières historiques.

Ce dynamisme se traduit par une multiplication des milliardaires. En mars dernier, Bloomberg estimait que quatre grandes sociétés privées d’IA avaient déjà généré 15 milliardaires cumulant 38 milliards de dollars de fortune. Depuis, la cadence s’est encore accélérée. L’exemple le plus frappant est celui de Mira Murati, ancienne CTO d’OpenAI. En février, elle a fondé Thinking Machines Lab et, quelques mois plus tard, a levé 2 milliards de dollars lors de la plus importante ronde de financement en amorçage jamais enregistrée. Sa société vaut désormais 12 milliards de dollars.

Anthropic illustre également cette dynamique. L’entreprise, dirigée par Dario Amodei, est en discussions pour lever 5 milliards de dollars sur la base d’une valorisation de 170 milliards, presque trois fois supérieure à celle du printemps dernier. Même son de cloche chez Anysphere, dont la valorisation a grimpé de 9,9 milliards à près de 20 milliards en l’espace de quelques semaines, faisant de son jeune fondateur Michael Truell un milliardaire à seulement 25 ans.

Si ces fortunes restent largement « virtuelles », car adossées à des parts de sociétés non cotées, de nouveaux mécanismes financiers facilitent leur conversion en liquidités. Les marchés secondaires permettent aux fondateurs et aux employés de vendre leurs actions à d’autres investisseurs. Des ventes structurées ou des offres de rachat interne se multiplient. OpenAI elle-même prépare une opération de ce type, avec une valorisation projetée à 500 milliards de dollars.

Cette concentration de richesse alimente un bouleversement économique et géographique. Dans la seule Silicon Valley, plus de 35 milliards de dollars de capital-risque ont été investis l’an dernier. Résultat : San Francisco compte désormais davantage de milliardaires que New York, avec 82 contre 66. Le marché immobilier en témoigne : jamais autant de propriétés n’ont été vendues à plus de 20 millions de dollars qu’en 2024, un signe de l’afflux de capitaux liés à l’IA dans une ville que l’on disait en déclin il y a peu.

Pour les gestionnaires de fortune, cette nouvelle génération d’ultra-riches représente une opportunité historique. Mais le défi est de taille : comme le souligne Simon Krinsky, ancien dirigeant de Hall Capital Partners, une grande partie de ces fortunes est encore illiquide. Contrairement aux salariés enrichis de Google ou de Meta, les fondateurs d’IA ne disposent pas immédiatement de liquidités importantes à placer. Et lorsqu’ils le peuvent, ces entrepreneurs préfèrent souvent réinvestir dans l’écosystème technologique qu’ils connaissent, reproduisant le schéma des « dot-commers » des années 1990.

L’histoire suggère toutefois qu’une fois les premières déconvenues passées, ces fortunes chercheront à se diversifier et à sécuriser leurs actifs. Déjà, certains se tournent vers le conseil en philanthropie, la planification successorale et la gestion patrimoniale sur mesure. Pour les grandes banques privées, les family offices et les cabinets spécialisés, la chasse aux nouveaux milliardaires de l’IA ne fait que commencer.

Mais au-delà des chiffres et des fortunes, cette vague témoigne surtout d’un changement structurel : l’IA n’est pas seulement une révolution technologique, elle redessine aussi les équilibres de richesse mondiale à une vitesse inédite. Comme le résume Andrew McAfee du MIT : « Nous n’avons jamais vu, en plus d’un siècle de données, une création de richesse d’une telle ampleur et d’une telle rapidité. C’est sans précédent. »

Source : CNBC

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