
Une nouvelle étude du centre de recherche The Dais, rattaché à l’Université métropolitaine de Toronto, révèle que près de trois quarts des 1,1 million d’emplois du secteur public canadien sont fortement exposés à l’intelligence artificielle. Parmi eux, environ 25 % pourraient être augmentés par la technologie, mais 49 % sont composés de tâches que les outils d’IA actuels seraient capables de remplacer. À titre de comparaison, cette proportion tombe à 29 % pour l’ensemble de la main-d’œuvre canadienne.
Les emplois les plus menacés se trouvent dans la fonction publique fédérale, où 58 % des postes, notamment en administration, finance, ressources humaines ou comptabilité, sont jugés vulnérables. Les municipalités, davantage composées de travailleurs de première ligne comme les pompiers et les agents d’entretien, seraient moins affectées. Selon Viet Vu, responsable de la recherche économique au Dais, l’impact dépendra surtout de la manière dont la technologie sera déployée.
Le rapport souligne que l’IA peut contribuer à améliorer la productivité du secteur public : transcription et traduction, aide à la rédaction de rapports, analyse de données géospatiales, etc. Mais elle pourrait aussi mener à une réduction des effectifs, surtout si les gouvernements choisissent de substituer certaines tâches aux humains plutôt que de les compléter. « L’IA permettra des gains d’efficacité, mais cela pourrait signifier moins de personnes dans des rôles précis », estime M. Vu.
Face à ce risque, l’étude recommande de renforcer la planification à long terme, en mettant l’accent sur la formation et la reconversion des employés les plus vulnérables. Les syndicats devraient aussi être associés à ces discussions. Le rapport suggère par ailleurs d’expérimenter l’IA dans des tâches répétitives à faible risque, tout en mesurant les succès et les échecs.
La question s’inscrit dans un contexte politique délicat. Le premier ministre Mark Carney a fait de l’IA un levier de productivité, affirmant vouloir la déployer « à grande échelle » dans la fonction publique. Ottawa a récemment signé une entente avec la société torontoise Cohere pour explorer des usages concrets de l’IA au sein de l’administration. En parallèle, le gouvernement s’est engagé à réduire la taille de la fonction publique par attrition afin de limiter les dépenses opérationnelles.
Ce débat dépasse largement le cadre canadien. Dans le secteur privé, plusieurs dirigeants envisagent de ralentir les embauches, voire de réduire leurs effectifs à cause de l’IA. Certaines entreprises canadiennes, comme Klue Labs et Scinapsis Analytics, ont déjà supprimé des postes. Si certains experts, tel Dario Amodei d’Anthropic, prédisent la disparition de la moitié des emplois de bureau d’entrée de gamme, d’autres comme Aidan Gomez de Cohere jugent ces propos exagérés. Selon lui, l’IA viendra surtout transformer et compléter le travail des employés plutôt que de les remplacer totalement.
Source : Globe and Mail
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